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Vidéo. Jean d’Ormesson : « Soit le monde est absurde, soit il est mystère. »

L’écrivain académicien à l’éternel regard malicieux nous a quitté hier à l’âge de 92 ans. Avec lui s’envole l’une des plumes fidèles de la Foire du livre de Brive. Il en aura même été deux fois président, étrennant la fonction en 1987, la retrouvant en 2006 « avec un vrai bonheur », nous confiait-il alors. Retour sur cet entretien et sur un autre grand moment, le débat mémorable en 2014 avec le philosophe Marcel Conche que nous vous proposons en vidéo dans son intégralité.

C’était il y a 11 ans. Nous avions fait l’aller-retour dans la journée pour l’interviewer chez son éditeur Gallimard, à la veille de la Foire du livre qu’il allait présider une seconde fois. Il se rappelait très bien de sa première découverte de la manifestation, en 1985. « La Foire de Brive était déjà quelque chose de très important. Elle est restée un modèle. » Toujours délicieusement poli, l’agrégé de philosophie émaillait avec fantaisie ses souvenirs, citant Sacha Guitry pour raconter le « célèbre train », encore sous le charme du « parfum bucolique » si particulier à la manifestation. Il y avait François Nourissier, Sabatier, Bazin… tout un wagon de Goncourt.

« Je me rappelle notre émerveillement devant tout ce qui nous était servi, si bien que nous sommes arrivés comme les Copains de Jules Romain, hilares! », s’amusait-il. Les yeux azur de l’académicien en pétillait encore. « Tout de suite, nous avons été plongés dans une atmosphère littéraire, dans un endroit merveilleux, Castel Novel. L’ombre de Colette était encore là. »

Une émotion qui réveillait un autre souvenir: « Un jour terrible, entre le 8 et le 12 juin 40, où nous fuyons Paris et les Allemands. À Brive, tout était plein, mais nous avions pu dîner et j’ai dormi sur un billard. Dans cette catastrophe, le dîner de Brive était excellent. C’était ma dernière image avant l’engloutissement. » À jamais, Jean d’Ormesson aura mêlé ces deux images fortes: « la gaieté de la Foire et la terrible mélancolie de cet arrêt tragique ». Cette 25e édition qu’il présidait alors, marquait son retour sur les stands des auteurs. Il s’avouait « d’autant plus content de revenir à Brive » qu’il avait renoncé depuis une quinzaine d’années à fréquenter salons et jurys « pour sauver un peu de temps pour écrire ».

Celui pour lequel « Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu » aura offert 8 ans plus tard un moment magique au public de la Foire, un débat avec le philosophe Marcel Conche qui est resté dans nos annales et qu’il avait conclu par « Le problème du mal est incompréhensible que Dieu existe ou qu’il n’existe pas. Mais s’il n’existe pas, c’est que l’univers est le fruit du hasard. Ainsi, soit le monde est absurde, soit il est mystère. Pour ma part, j’ai choisi le mystère mais j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui n’y croient pas et qui continuent malgré tout à faire le bien » (vous pouvez également consulter notre article Jean d’Ormesson-Marcel Conche, une rencontre au sommet).

Vidéo réalisée par Joëlle Cappe

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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