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Tout en douceur, la musique mise à la portée des autistes

À la rentrée de septembre, le conservatoire accueillera ses premiers élèves autistes. Trois professeurs ont suivi un stage pour enseigner de façon adaptée piano, accordéon et percussions. Le fruit d’une volonté commune entre la Ville, le Rotary et une drôle de méthode baptisée Dolce.

 

Rappelez-vous, nous vous avions parlé de cette opération « Tarte aux fraises » mise en place tout le mois de juin par le Rotary club de Brive en partenariat avec des boulangers-pâtissiers. Elle a permis de récolter des fonds pour financer la formation de 3 enseignants volontaires désireux d’acquérir une pédagogie adaptée aux élèves porteurs de troubles du spectre autistique. La semaine dernière, Anne Wyns, professeur de piano, Frédéric Valy d’accordéon et Antoine Mas de percussions se sont retrouvés pendant 5 jours au conservatoire pour s’initier à la méthode Dolce, un terme musical judicieusement employé et qui signifie « en douceur ». Cette méthode a été mise au point par une femme tout aussi étonnante, Françoise Dorocq, qui a fondé l’association APTE (Autisme, piano et thérapie éducative) qui prône « la musique pour tous ».

Professeur de piano depuis de très longues années, sa vie a, comme elle l’explique, « basculé » il y a 20 ans, le jour où l’une de ses élèves, maman adoptive d’une petite fille atteinte d’autisme, lui a demandé d’enseigner le piano à sa fille. « J’ai découvert ce handicap que je ne connaissais qu’à travers quelques lectures. J’ai vite compris que la pédagogie habituelle ne convenait pas. » Françoise Dorocq fait des recherches à l’université, se plonge dans la psychologie pour en constater les limites, visite les hôpitaux, pour finir par aller se former un mois à Sheffield aux États-Unis, afin de mettre au point une méthode adaptée aux troubles psychiques. « Ça a été le déclic, une vraie passion. » Depuis, elle n’a jamais cessé de se consacrer à cet engagement citoyen.

« Chaque enfant porteur d’autisme est capable d’avoir de très très grosses compétences. Il suffit pour la personne qui travaille avec lui de l’aider à les développer et à le faire émerger », assure-t-elle. « Ça demande une ouverture de cœur pour comprendre ce dont ils souffrent, trouver les clefs pour aller chercher, derrière les troubles apparents, toute leur richesse. Il y a un tel potentiel, c’est criminel de les laisser au bord de la route. »

La méthode passe par un très grand respect de l’enfant. « Une personne porteuse d’autisme a un fonctionnement qui n’est pas le même que tout le monde. Il faut mettre en place une stratégie de pédagogie qui va lui permettre d’acquérir des compétences cognitives. A partir de là, on devient pour eux intéressant et on peut rentrer en lien. »

« Attention, ce n’est pas de la musicothérapie. Il s’agit d’enseignement », nuance la formatrice. Pas de solfège ou de métronome. La méthode s’émarge des fondamentaux pour s’appuyer sur ce qu’a envie de faire l’enfant, sur le jeu, le rire et la valorisation. Françoise Dorocq a d’ailleurs d’emblée prévenu ses stagiaires: « À partir de maintenant, oubliez tout ce que vous savez. Vous allez devenir autiste ». Les 3 professeurs se montrent particulièrement attentifs.

Secondée par Snejina Wolff, une autre formatrice professeur de piano, Françoise Dorocq les met en situations de jeux de rôles, tenant tour à tour avec une belle justesse la place de l’enseignant comme celle de l’élève. « N’oubliez jamais que pour lui son corps n’existe pas et c’est une angoisse permanence », explique la formatrice. « C’est lui qui vous emmène là où il est capable d’aller. » L’enseignant doit donc s’adapter en permanence. « Une fois que c’est acquis, ils ont une mémoire colossale. Ils n’ont pas besoin de travailler tous les jours comme un autre élève. »

Si la méthode Dolce a été conçue à partir du piano, elle est adaptable à tous les instruments et Françoise Dorocq a mainte fois constaté les bienfaits de cet enseignement musical: « On leur donne énormément de bonheur car on leur permet d’accéder à un moment d’harmonie. À travers la musique, ils retrouvent conscience de leur corps et peuvent avancer dans les acquis physiques et cognitifs. » Et elle en est sure: « ce sont des profs super ». Pour Antoine Mas, la démarche est évidente: « C’est notre métier de nous adapter à chaque individu. J’ai déjà travaillé avec un autisme, ça m’aurait beaucoup aidé d’avoir cette méthode. J’ignorais leur capacité à apprendre. » Anne Wyns y voit « une opportunité de sortir des enfants de leur isolement ». Frédéric Valy va quant à lui ouvrir une nouvelle voie: « ça n’a jamais été fait pour l’accordéon ».

En septembre, 4 élèves autistes suivront des cours individuels au conservatoire. « C’est très innovant. Très peu d’établissements musicaux prennent en compte le handicap », reconnait Françoise Dorocq qui se félicite de la synergie entre le Rotary et la Ville, son conservatoire et ses services chargés du handicap et de la culture. « La mobilisation à Brive est exemplaire. Et j’espère que ce n’est qu’un début. »

Pour en savoir plus, vous pouvez lire Autisme et musique que Françoise Dorocq cosigne chez L’Harmattan et qu’elle viendra dédicacer à la prochaine Foire du livre.

 

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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