Une rafle, cinq noms oubliés et une enquête menée pendant des années. L’histoire racontée dans l’exposition Mémoire de pierre. Corrèze – Auschwitz, présentée au musée Edmond-Michelet, est devenue une bande dessinée. Ses auteurs Jean-Michel Valade et Antoine Quaresma seront présents samedi 19 septembre de 15h à 18h dans le jardin du musée Michelet pour une rencontre et une séance de dédicaces.

Tout commence au Saillant, village partagé par la Vézère entre Allassac et Voutezac. Le 15 avril 1944, au petit matin, les forces d’occupation bouclent le village avec l’aide de la bande Bonny-Lafont. La population est rassemblée dans le parc du château et vingt-et-un otages sont arrêtés.

En 1985, une stèle est érigée pour commémorer cette rafle. Elle porte le nom de cinq habitants déportés. Mais Jean-Michel Valade, qui a grandi au Saillant, s’interroge sur le sort des autres otages. Ses recherches aux Archives départementales font apparaître une absence majeure : dix personnes ont en réalité été déportées. Les cinq autres étaient des réfugiés juifs, identifiés en croisant les sources et les rapports de police.
De l’enquête à la bande dessinée
Jean-Michel Valade tente d’abord de faire connaître cette découverte par des articles, des conférences et un travail mené avec ses élèves. Puis il choisit la fiction. En 2016 paraît La stèle, roman historique situé dans le village fictif de Saint-Vézac, très proche du Saillant.

Peu à peu, les cinq victimes sortent des « oubliettes mémorielles ». Lors d’une commémoration, la maire de Voutezac prononce publiquement leurs noms. Un jeune journaliste parisien découvre ensuite l’histoire sur le blog de Jean-Michel Valade : il est l’arrière-petit-fils de l’un des hommes raflés. Une seconde stèle est finalement dévoilée le 14 avril 2019, en présence d’une trentaine de descendants des familles concernées.

L’exposition du musée Michelet retrace ce chemin : l’oubli, l’enquête, le roman, la réparation mémorielle et, aujourd’hui, la bande dessinée.

L’idée de cette adaptation naît de la rencontre entre Jean-Michel Valade et Antoine Quaresma lors d’un salon littéraire corrézien. Le dessinateur lit La stèle en une soirée et imagine immédiatement scènes, cadrages et séquences.

Mais adapter un roman ne consiste pas à l’illustrer. Il faut donner une forme graphique aux émotions, aux silences et parfois à ce qui reste entre les lignes.

« Toute la difficulté était de retraduire graphiquement l’indicible », explique Antoine Quaresma.

Avant de dessiner, les deux hommes parcourent ensemble le Saillant, son pont, les abords du château et les lieux du récit. Photographies, coupures de presse et documents familiaux complètent ce travail de repérage. Pour le dessinateur, il s’agit autant de retrouver les décors que de comprendre la dimension intime de cette histoire et l’attachement de Jean-Michel Valade au village de son enfance.
Du crayon bleu à l’image finale
L’exposition permet aussi d’entrer dans l’atelier d’Antoine Quaresma et de découvrir la fabrication de l’album.

Tout commence par un storyboard au crayon bleu inactinique (une couleur qui n’apparaît pas à l’impression), une couleur qui disparaît lors de la numérisation. Il permet de construire la mise en scène, la succession des cases et le rythme de lecture. Viennent ensuite le crayonné au graphite, la numérisation puis le travail sur les valeurs, les textures et les lumières.

Antoine Quaresma associe ainsi dessin traditionnel et outils numériques tout en conservant volontairement le grain, les aspérités et les irrégularités du trait. Une matière qui évoque la vieille pierre corrézienne et renvoie directement au titre de l’album, Mémoire de pierre.


Les bulles elles-mêmes sont pensées dès le storyboard : leur place participe à la circulation du regard et au rythme du récit. Le noir, le blanc et les niveaux de gris jouent également un rôle essentiel. Dans les scènes les plus sombres, notamment celles de la déportation, de petites zones blanches demeurent. Dans un regard, la neige ou au milieu d’un ciel noir, le blanc du papier devient une lumière intérieure et laisse subsister une part d’espoir.

Cette recherche est particulièrement visible dans les scènes du wagon plombé ou de la marche de la mort depuis Birkenau, pour lesquelles il n’existe pas toujours d’images directes auxquelles se référer.
Des visages et des souvenirs
La bande dessinée se nourrit aussi de photographies et de souvenirs familiaux. Le personnage de Jacques mêle ainsi les traits du beau-père de Jean-Michel Valade et ceux du père d’Antoine Quaresma.

Pour l’auteur du roman, les personnages dessinés correspondent à la « réalité intérieure » qu’il avait imaginée en écrivant. La découverte des dernières planches l’a d’ailleurs profondément ému.

« Les larmes me sont venues aux yeux », confie Jean-Michel Valade.
Dans la dernière planche, Antoine Quaresma ajoute également une Marianne au-dessus du personnage de Jacqueline, dans une scène située dans une mairie. Absente du roman, cette présence de la République prend une portée particulière après le récit du régime de Vichy et de l’extermination nazie.

La rencontre de samedi permettra d’échanger avec les deux auteurs sur ce long travail de recherche, de création et de transmission.
Samedi 19 septembre 2026 de 15h à 18h
Sous réserve de conditions météorologiques favorables.
Jardin du musée Edmond-Michelet
4, rue Champanatier à Brive
Rencontre et dédicaces avec Jean-Michel Valade et Antoine Quaresma, en partenariat avec la librairie Bulles de papier.
Retrouvez l’ensemble des animations proposées par le musée Michelet pour les Journées du Patrimoine (visites libres et guidées, parcours de mémoire, atelier « Opération Liberté ») : https://museemichelet.brive.fr/