En gymnastique, certaines championnes ne laissent pas seulement un palmarès, mais aussi un geste. Les plus grands noms de la discipline, Simone Biles en tête, en savent quelque chose. Désormais, il faudra aussi compter avec le Hamelin. Reconnu dans le code de pointage international, cet élément fait entrer la jeune Briviste dans le langage même de sa discipline. Elle-même a encore du mal à mesurer ce que cela représente. « C’est une immense fierté, je suis hyper contente et je trouve ça incroyable. »
En quelques années seulement, la jeune gymnaste repérée à Brive Gym est entrée dans la cour des grands. Elle a rejoint le Pôle France de Saint-Étienne, connu les compétitions internationales, les blessures, les opérations, les doutes et les retours. Mais elle a gardé la même détermination. Car dans le monde de la gymnastique, un élément n’entre pas dans le code sur une simple intention. Il faut une idée, une déclaration officielle, une validation, puis surtout une réussite en compétition internationale. Romane Hamelin l’a fait.
Depuis, son salto pak du pied main aux barres asymétriques a sa place dans le code. Le geste est né d’un problème très concret. Avec son 1,67 m, Romane dépasse d’une tête beaucoup de gymnastes seniors. Sur l’élément qu’elle réalisait jusque-là, ses pieds touchaient parfois la barre. Des fautes, donc des points perdus. Avec son entourage sportif, elle cherche alors une autre voie, plus adaptée à sa morphologie. « Par la suite, on a continué les recherches pour savoir comment j’allais m’y prendre. »
La solution se précise, en janvier, lors d’un stage à la Martinique. Elle y apprend ce nouvel enchaînement. Puis viennent les essais, les réglages, les premières validations. « J’ai commencé à Montceau-les-Mines début mars. Après, je l’ai refait en avril pour une Coupe du monde en Allemagne, et je l’ai réussi cette fois-ci. » Restait l’étape décisive. Osijek, en Croatie. C’est là que l’élément est reconnu officiellement.
Derrière ce passage que le public voit filer en une seconde, il y a des heures de travail. Des tentatives, des ratés, des corrections. Un salto pak en pied main, très technique, qui demande une précision folle. D’autres gymnastes l’ont déjà tenté. Peut-être qu’un jour, l’une d’elles le réussira en compétition. Mais la première à l’avoir inscrit au plus haut niveau, c’est elle.

Cette réussite raconte aussi son quotidien. Entre 28 et 32 heures d’entraînement par semaine. Environ 16 heures de cours. Sans compter les soins, la kiné, parfois les bains froids. Et quand on lui parle de vacances, la réponse fuse. « Vacances d’école, oui. Mais pas de la gym ! »
Dans le haut niveau, les pauses sont rares. Celles que l’on choisit, en tout cas. Car il y a aussi les arrêts imposés. Romane a été opérée de la cheville et du genou. Deux coups d’arrêt qui suspendent toute une saison. « J’ai eu un gros doute quand j’ai su que je devais me faire opérer. Mes copines continuaient à progresser et moi, j’étais en béquilles, sans pouvoir marcher. Dans ces moments-là, on se demande forcément comment on va revenir. »
Elle est revenue. Avec le Hamelin dans le code. Mais avant les compétitions internationales, les stages et le Pôle France, il y a eu Brive Gym. La salle des débuts, les premiers entraînements, les premières personnes qui ont cru en elle. Romane y garde des attaches fortes. À Brive, elle retrouve ses parents, ses repères. « Ça me ressource. »
Élève en terminale, Romane commence à penser à l’après, sans brûler les étapes. Les ressources humaines l’attirent, quelques propositions américaines sont sur la table, mais elle ne s’y projette pas encore vraiment. Pour l’heure, elle continue d’avancer à sa manière. « J’ai réalisé un certain chemin, certains rêves aussi, mais ce n’est pas encore fini. »