Anaïs Prouzet, « Je n’ai pas vu le temps passer »

Sa résidence s’achève bientôt. Rencontre avec l’artiste Anaïs Prouzet, avant son exposition à la chapelle Saint-Libéral, du 17 octobre au 16 janvier.
Anais prouzet résidence brive la gaillarde
Mélanie Vichy – Musée Labenche

Dans l’atelier, trois grands formats prennent vie sous de minuscules pinceaux. « Il m’en faut un par jour pour rentrer dans les détails », explique Anaïs Prouzet.

Diplômée des Beaux-Arts de Nantes en 2017 et représentée à Paris par la galerie Oliver Waltman, la peintre développe principalement un travail autour de l’intime. Invitée en résidence à Brive, on lui a donné carte blanche. Une liberté dont elle s’est saisie pour prolonger un travail engagé depuis plusieurs années. « Cette exposition, je l’ai pensée comme un chapitre de mon travail, mais aussi de mon chemin artistique et de ma vie. »

Visages, étreintes, mains, fragments de corps, Anaïs Prouzet cadre au plus près et pousse le détail jusqu’à une précision presque photographique. Cette minutie se retrouve dans les trois oeuvres inédites réalisées pour l’exposition Pendant un instant, j’ai oublié le futur.

Parmi elles, des mains enlacées, les siennes et celles de son mari. Un choix loin d’être anodin. « On dit énormément de choses avec les mains. Quelqu’un qui est malade, on lui prend la main. Quelqu’un qui ne va pas bien, on lui pose la main dans le dos. » Et parce qu’aucun visage n’apparaît, chacun est libre d’y projeter sa propre histoire.

Ses proches reviennent souvent sous ses pinceaux. « Je me fiche un peu de laisser une trace de moi en tant qu’Anaïs Prouzet. Ce sont plutôt les personnes. » Son mari, son frère, sa fille… Ceux qu’elle peint pour qu’il reste quelque chose d’eux. « Ils ont existé un jour. »

Mélanie Vichy – Musée Labenche

La chapelle Saint-Libéral, elle la connaît déjà bien. En contact depuis un an et demi avec le directeur du musée Labenche, elle l’avait d’abord visitée avec lui avant d’y revenir en mai, à l’occasion de l’exposition Incise. Mètre en main, elle a pris ses repères et imaginé son exposition jusque dans les cadres en bois, conçus pour épouser les contours des mains peintes.

Depuis qu’elle prépare cette exposition, beaucoup de choses ont changé, dans le monde comme dans sa vie. Avec elles ont grandi ses réflexions sur l’avenir, le temps qui passe et cette forme de mélancolie face à ce qui nous échappe. Sans pour autant oublier le présent. « En avoir conscience assez tôt, ça permet de me dire : là, je suis en train de passer un excellent moment. »

Pendant un instant, j’ai oublié le futur. Un titre qui dit justement la possibilité de s’accorder un répit, parfois sans même s’en rendre compte. Pour Anaïs Prouzet, sa résidence briviste en aura été un. À quelques jours de son départ, l’artiste nous confie : « je n’ai pas vu le temps passer. »

Informations pratiques
Pendant un instant, j’ai oublié le futur, à la chapelle Saint-Libéral, du 17 octobre 2026 au 16 janvier 2027.

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