« N’aie pas honte de ce que tu n’as pas choisi »

Suite de notre série de portraits avec Antoine Leymarie. Champion de France sur route et doctorant à Sciences Po, le Briviste livre un parcours singulier, qui résonne particulièrement à quelques jours du Forum du handicap.
crédit photo CAB Athlétisme

Longtemps, il a préféré ne pas parler de son handicap. C’est à l’âge de 13 ans qu’Antoine Leymarie perd l’usage de son pied droit. Une attelle devient indispensable pour marcher. Le football s’arrête. Les shorts aussi. Pas la course. À l’adolescence, il redoute les regards et les questions. « Ma grande problématique, c’était de ne jamais être vu pied nu. » Même à son entraîneur d’athlétisme, il préfère parler d’une blessure.

Sa mère l’inscrit aux 10 km de Brive. Antoine ne comprend pas. « Tu vois bien que maintenant, ce n’est plus pareil », lui lâche-t-il. Malgré tout, il prend le départ le 25 mai 2012. Et remporte la course minimes. Quelque chose vient de basculer. Celui qui dissimulait jusque-là son attelle réalise que sa différence ne l’empêchera pas d’aller plus vite que les autres.

La course à pied devient son point d’appui. Au fil des années, il apprend à composer avec son orthèse et à adapter ses entraînements. C’est ensuite presque par hasard qu’il s’oriente vers le handisport. Un jour, devant les Jeux paralympiques de Rio, Antoine remarque une athlète allemande équipée de la même orthèse que lui. Il la contacte sur les réseaux sociaux et apprend que son handicap est reconnu en compétition officielle. « Moi, je n’avais jamais vraiment mis le mot handicap sur ce que j’avais. » Une prise de conscience qui lui ouvre les portes de ce milieu.

À 28 ans, licencié au CAB Athlé, Antoine Leymarie est champion de France sur route dans sa catégorie et a été distingué cette année parmi les Champions de la Ville. Pourtant, lorsqu’il évoque son parcours, les titres passent vite au second plan. Ce qu’il retient surtout, ce sont les rencontres et les amitiés nouées en chemin.

Fatima Kaabouch

Mais le sport n’est qu’une partie de sa vie. À Sciences Po, Antoine prépare une thèse en économie de la santé sur les transformations du secteur médical et leurs effets sur les professionnels comme sur les patients. Un sujet qu’il connaît suffisamment bien pour être invité à la télévision et à la radio afin de décrypter les évolutions du système de santé.

Cette autre course de fond a fini par imposer un choix. Après plusieurs années au plus haut niveau en triathlon handisport, Antoine a décidé de mettre la compétition entre parenthèses pour aller au bout de son doctorat. « Il n’était pas question pour moi de mettre ça en péril. » Le triathlon attendra. Pas ses projets. Demain, il envisage la recherche au CNRS, l’enseignement à l’université ou, pourquoi pas, la haute fonction publique.

Antoine ne se sent pas toujours légitime pour s’exprimer sur le sujet. Il préfère s’effacer derrière ceux qui, selon lui, auraient bien davantage à dire. Pourtant, il est des mots qui, sans le vouloir, finissent par faire écho chez les autres. Ceux qu’Antoine adresse au garçon de 13 ans qu’il était sont peut-être de ceux-là : “N’aie pas honte de ce que tu n’as pas choisi.”

Cap sur le 7 octobre
Le Forum du handicap vous donne rendez-vous mercredi 7 octobre, de 10 h à 17 h, salle Georges-Brassens. Associations, services et acteurs du territoire seront présents. Entrée libre et gratuite. Places PMR et sanitaires à proximité. Plus de renseignements ici.

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