Foire du Livre, Festival de l’Elevage, Lovely Brive Festival, matchs de rugby du CA Brive… Ils attirent des centaines de milliers de personnes chaque année. Mais que représentent réellement ces grands rendez-vous pour l’économie locale ?

Un billet de concert, un déjeuner au restaurant, une nuit d’hôtel, des achats en centre-ville, un verre après un match… Pris séparément, rien d’extraordinaire. Additionnés sur une année et sur plusieurs milliers de visiteurs, cela commence à peser lourd.
Plus de 85 millions d’euros !
C’est le chiffre à retenir de l’étude d’impact consacrée aux quatre grands rendez-vous brivistes, présentée ce jeudi 1er octobre à la tribune Nord du Stadium.

Devant 250 représentants des forces vives de l’économie du territoire (commerces, prestataires, entreprises), Arnaud Ernst, directeur de l’observatoire AID de Toulouse, avait une ambition simple : dépasser les impressions pour mesurer ce que ces événements rapportent réellement à la ville de Brive.
Plus de 4 200 questionnaires ont été réalisés auprès des visiteurs, festivaliers et spectateurs, complétés par l’analyse des dépenses, des fréquentations et de l’activité générée auprès des entreprises.
Résultat : plus de 85 millions d’euros de retombées économiques directes et indirectes en 2025.

Mais derrière ce total se cachent surtout quatre manifestations aux publics très différents et complémentaires. « Quatre événements, quatre salles, quatre ambiances ! », résume Arnaud Ernst. Et c’est justement l’une des forces du modèle briviste. Hébergement, restauration, commerces, transports, prestataires… Les retombées sont très concrètes, mais varient fortement d’un rendez-vous à l’autre.
La Foire du Livre booste aussi le centre-ville !
Avec 91 000 visiteurs, la Foire du Livre est le plus gros événement organisé par la Ville, et génère environ 11,3 millions d’euros de retombées économiques.

Son implantation en cœur de ville profite directement aux commerces : pendant la Foire, la fréquentation du centre-ville grimpe de 22 % par rapport à la moyenne annuelle. « C’est le moment où il y a le plus de monde dans le centre-ville », souligne Arnaud Ernst. Et cela en plein mois de novembre ! Ce qui est notable pour une ville du sud-Ouest !

Sous la Halle Brassens ou aux Trois Provinces environ 70 000 livres sont vendus en 30 heures, pour quelque 1,3 million d’euros. « Ce qui en fait la plus grande librairie de France l’espace d’un week-end ! », s’enthousiasme Frédéric Soulier, le maire de Brive. Événement culturel, économique et d’image, la Foire joue sur tous les tableaux. « Carton plein ! », résume Arnaud Ernst.
L’agriculture fait presque jeu égal avec la culture !
Changement complet d’univers fin août avec le Festival de l’Elevage. 38.000 visiteurs et près de 2.9 millions d’euros de retombées économiques. Certes le chiffre est plus modeste, mais il réserve une surprise : rapporté au nombre de visiteurs, son impact économique est pratiquement le même que celui de la foire du Livre, soit environ 75 euros de retombées par personne.

Le public, lui, est radicalement différent : 3 visiteurs sur 4 sont corréziens, et 42% habitent Brive ou son agglomération. Un rendez-vous plus local, où l’on vient principalement en famille sur la journée. Ici place aux racines, aux savoir-faire, à la race limousine et au « bien manger ». Pour Frédéric soulier, valoriser ce qui est « bon à manger parce que ça a été aussi bien élevé est une question moderne très contemporaine qui a du sens ! ».
Le Lovely : le pari gagnant !
Avec 45.000 festivaliers en 2025, le Lovely Brive Festival génère à lui seul environ 16 millions d’euros de retombées économiques. Uniquement pour le territoire, puisqu’on ne comptabilise pas les cachets des artistes qui eux sont dépensés ailleurs…

Son public est plus jeune, très majoritairement actif et féminin (80% de femmes). Surtout il vient de loin : sa zone d’attraction moyenne atteint 200 kilomètres. Et les festivaliers restent : avec les pass 3 ou 4 jours, hôtel, Airbnb, camping… « Le Lovely » (comme on le nomme désormais affectueusement) est, avec la Foire du Livre, l’évènement qui soutient le plus l’hébergement. Et il profite aussi au centre-ville, dont la fréquentation grimpe de 13% pendant le festival, avant les premiers concerts en fin de journée.

Pour Stéphane Canarias, le directeur de Festival Production, cette dynamique repose aussi sur une prise de risque assumée : aller chercher des artistes plus rares, capables d’attirer de plus loin. « On a fait un peu comme au poker, on a misé gros ! ». Un pari gagnant, avec à la clé davantage de public extérieur et de visibilité nationale pour Brive et la Corrèze.
Autre force du modèle : 350 entreprises partenaires, pour quelques 2 millions d’euros. « Ici les gens aiment leur ville, ils aiment leur département, ils aiment leur territoire. Ce n’est pas le cas partout ». Une forme de « chauvinisme positif très profitable », comme le résume Stephane Canarias. Organisation privée depuis 2017, Brive Festival est devenue une véritable entreprise de spectacle, bien loin du Brive plage porté par l’office de tourisme des débuts.
Le CAB : 15+1 matchs pour… 55 millions d’euros !
C’est le poids lourd économique de l’étude : les matchs à domicile du CA Brive génèrent environ 55 millions d’euros de retombées. Un chiffre à rapporter toutefois à une quinzaine de rencontres réparties sur toute la saison.

Au total, près de 188.000 spectateurs ont franchi les portes du Stadium, soit une moyenne proche de 11.750 par match. Et surtout, 60% des personnes interrogées sont abonnées. Une fidélité particulièrement forte rapportée à la taille de Brive. Malgré la Pro D2, le CAB conserve une affluence remarquable pour une ville de la taille de Brive digne de la grande époque du Top14.
« Cet attachement on le connaît, mais il se vérifie dans les chiffres », constate Dominique Antoni, directeur général du CAB.
Même ancrage côté entreprise : actionnaires et partenaires représentent 66% du budget de fonctionnement du club. « Sans tous ces contributeurs économiques, sans nos supporters, nous ne serions pas là », rappelle Dominique Antoni, avec 116 ans d’histoire derrière le CAB.
Et la nouvelle tribune Nord, où était justement présentée l’histoire, prolonge cette dynamique : 12 millions d’euros y ont été investis, un investissement exceptionnel qui n’entre pas dans les 55 millions d’euros de retombées annuelles calculées par l’étude.
Bien plus que des chiffres…
11.3 millions ici, 16millions là, 55 millions au stadium… L’étude aurait pu s’arrêter à cette addition. Elle montre pourtant autre chose : les 4 grands évènements de Brive sont complémentaires ! Et c’est probablement l’un de ses enseignements les plus intéressants.
Culture et public national pour la foire du Livre, ancrage corrézien pour l’Elevage, 25-49 ans venus de plus loin pour le Lovely, forte base locale et régionale pour le CAB : « des publics très différents et donc complémentaires », résume Arnaud Ernst.

Les 4 évènements majeurs ne se « phagocytent » pas. Ils offrent au contraire à Brive plusieurs temps forts dans l’année et autant de portes d’entrée vers notre territoire.
Résultat : 85% des personnes interrogées estiment qu’ils font rayonner et mieux connaitre Brive. Leur contribution à l’animation de la ville est tout aussi nette : 88% pour la foire du Livre, 62% pour l’Elevage, 87% pour le Lovely et 80% pour le CAB. L’impact dépasse donc largement l’économie : il touche à l’image de Brive, à son identité et au sentiment d’appartenance.

Une force d’autant plus remarquable pour une ville de cette taille. « On représente 2% de la population de Nouvelle-Aquitaine », rappelle Frédéric Soulier. Pourtant, ces rendez-vous font venir chaque année l’équivalent de plusieurs fois la population de la ville. « Si on imaginait que demain on en perdait un, deux, trois ou les quatre, Brive et l’Agglo changeraient aussi de configuration et de reconnaissance ».
Le défi maintenant : les faire rester
Peut-on faire encore mieux ? « Le sujet, ce n’est pas forcément d’attirer encore davantage », explique le consultant. Le prochain gisement économique consiste surtout à faire rester davantage ceux qui viennent déjà.
Un supporter peut-il prolonger son match par un dîner en ville ? Un festivalier profiter du centre-ville avant les concerts ? Un visiteur de la foire rester une nuit de plus ? L’enjeu est d’allonger les temps passés grâce à des passerelles entre évènements, commerces, restaurants et hébergements : offres sur présentation d’un billet ou d’un bracelet, brunchs avant-concerts, restau après-matchs, package de services liés…

Mais pour rester, encore faut-il pouvoir venir. La question du train et plus largement de l’accessibilité a traversé la soirée. Elle devient cruciale à mesure que les évènements attirent de plus loin. Le Lovely en fait déjà l’expérience, tandis que les matchs du CAB programmés le jeudi ou le vendredi compliquent aussi la venue des supporters extérieurs.
Mieux capter les retombées, c’est donc aussi mieux connecter Brive : faciliter l’arrivée, prolonger le séjour et permettre de repartir dans de bonnes conditions.
« L’enjeu c’est de transformer encore un peu plus l’essai et de transformer ce succès populaire en une valeur économique encore un peu plus forte pour le territoire », résume le maire Frédéric Soulier. « La contribution publique de la Ville à ces grands évènements représente environ 3 millions d’euros. Miser 3 millions d’euros pour quelque 85 millions d’euros de retombées, c’est plutôt un bon placement ! ».
Retrouvez ici la synthèse de cette étude d’impacts économiques, sociétaux et environnementaux :
EN CHIFFRES
+ de 85 M€ de retombées économiques directes et indirectes
+ de 360 000 visiteurs, festivaliers et spectateurs cumulés
25 jours de grands événements sur l’année
55 M€ de retombées pour les matchs du CA Brive
16 M€ pour le Lovely Brive Festival
11,3 M€ pour la Foire du Livre
2,9 M€ pour le Festival de l’Élevage
85 % des publics estiment que ces événements font rayonner et mieux connaître Brive
+22 % de fréquentation du centre-ville pendant la Foire du Livre
+13 % pendant Lovely Brive Festival