À quoi tient le cours d’une histoire… souvent à ces petits riens qui vont relier entre elles de l’un en l’autre quelques personnes. C’est de cette façon que s’est tissé cet échange mémoriel entre deux pays, par delà leur frontière, et deux villes de part et d’autre.
« Tout est parti du Comité des martyrs de Tulle« , détaille Carine Delnaud, professeur d’histoire au lycée Bahuet et chargée du service éducatif du musée Michelet. C’est aussi ainsi que des élèves brivistes se sont retrouvés correspondants dans la boucle aux côtés de ceux du lycée René Cassin de Tulle. Vingt jeunes Français et 20 jeunes Allemands, entre 15 et 17 ans, tous volontaires pour cet échange.

Les Français se sont déjà rendus en avril dernier chez leurs correspondants de Mannheim, dans le sud-ouest de l’Allemagne, et dans la ville voisine d’Heidelberg qui s’est greffée au projet. C’était à leur tour de recevoir leurs camarades d’Outre-Rhin.
« Malgré la barrière linguistique, on arrive à se comprendre, on se parle souvent par gestes et ça donne des situations amusantes. On se rend compte que malgré nos différences de cultures, nous sommes foncièrement pareils« , témoignent les jeunes Allemands encore très touchés d’avoir participé l’avant-veille aux commémorations du 9 juin à Tulle rendant hommage aux pendus et aux déportés. « C’était impressionnant tout cette longue liste de noms. Il y avait des gens à côté de nous qui pleuraient, on sentait leur douleur. Nous étions très émus. »


Même confrontation à la réalité rapportée d’Allemagne par les Corréziens. « Nous avons rencontré des familles de prisonniers, vu comment ce passé était ressenti la-bas. On se rend compte de la gravité de la guerre, bien plus qu’en étudiant dans les livres. C’est de l’histoire vivante. »
Avec pour tous une envie d’espoir. « Il ne faut pas avoir de la rancœur, mais il ne faut pas oublier. On veut vivre en paix et dans l’amitié. » Connaître le passé pour le dépasser et espérons-le, éviter de sensibles affres.
« Ça a du sens. Nous avons bâti cet échange sur le thème de l’amitié franco-allemande. Des liens personnels se sont créés avec la volonté de se revoir« , se félicite Gilles Chavan du Comité des martyrs de Tulle, évoquant l’intention des partenaires de rééditer tous les deux ans cet échange si fructueux.

Cette visite au musée Michelet met aussi en exergue son service éducatif qui accompagne les enseignants dans leurs projets pédagogiques concernant la Seconde Guerre mondiale, la Résistance et la Déportation. « Le musée a accueilli dans ce cadre plus de 600 élèves cette année scolaire, de la CM2 à la terminale », précise Carine Delnaud.
« Cette médiation trouve de plus en plus d’écho auprès des enseignants, de Brive, alentour, de partout et même de l’étranger. Par exemple depuis deux ans, nous avons des élèves canadiens de Vancouver qui ont intégré le musée dans leur séjour. »

Entre visite, découverte des collections, chemin de mémoire en ville, expositions permanente ou temporaire (ne manquez pas en ce moment la remarquable « Mémoire de pierre Corrèze-Auschwitz » autour de l’adaptation en bande dessinée du roman La stèle), le musée poursuit le souhait tracé par la famille, aujourd’hui relayée par les Compagnons de la Fraternité Edmond Michelet : faire de cette maison un lieu de mémoire mais surtout de transmission en garantissant un accès gratuit. Un lieu vivant, humaniste, fidèle à l’esprit de celui dont il porte le nom et ce souhait est relayé par la Ville qui le gère depuis 2004.
« Malgré Dachau où il a été déporté, Edmond Michelet, a été un grand artisan de la réconciliation franco-allemande lorsqu’il était ministre, dans un objectif de paix durable. » Une aspiration qui trouve un écho particulier en ces temps troubles.

Le musée Michelet est ouvert du lundi au vendredi de 11h à 18h et samedi de 13h à 18h. Son accès est gratuit. Les enseignants qui souhaiteraient bénéficier de son service éducatif peuvent le contacter au 05.55.74.06.08 ou museemichelet@brive.fr.