« La vie est si belle quand on va au bout de ses rêves. » Sûrement est-ce le secret de sa forme exceptionnelle. Le port altier, le regard vif, Solange Agnes vogue à travers les souvenirs intacts de voyages qu’elle a entrepris sac à dos à une époque et dans des pays qu’il n’était certes pas courant de traverser seul et encore moins lorsqu’on est une femme.
Non qu’elle soit une héroïque baroudeuse, elle s’en défend. « Je suis une personne simple, répète-t-elle. J’ai simplement eu à un moment l’envie de découvrir le monde. » L’appel du large, d’autres choses qu’une petite vie embourgeoisée, par ailleurs satisfaisante. « Je voulais voir d’autres civilisations et en particulier une, l’Inde. D’après mes lectures, romans, documentaires, elle me fascinait. »
Pour son premier voyage, en 1978, cette monitrice d’éducation physique à Bossuet embarque avec elle sa fille de 16 ans, confiant son fils de 4 ans à une nounou devenue amie. Et la voilà partie deux mois d’été. « À l’époque, on n’apprenait pas si facilement les langues et j’étais très frustrée de ne pas pouvoir communiquer comme je le souhaitais. Mais, vous savez, les mains, le regard, c’est extraordinaire… »
Elle apprend sur cassettes « l’anglais voyage suffisant » pour y retourner, toute seule cette fois. « Après, je suis passée par la Chambre de commerce car il a fallu que j’apprenne d’autres langues, l’espagnol, le russe… » Car les voyages se sont enchaînés en Inde puis en Amérique latine, Équateur, Colombie, Pérou, Bolivie, Brésil, puis Russie, Chine, Tibet, Australie, Papouasie, Japon… En savourant avec délectation cultures, paysages, rencontre de l’autre.
« La vie est si belle quand on va au bout de ses rêves. »
« J’ai pu descendre dans les mines d’or de Potosí, voyager en camion avec les ouvriers, je suis allée sur la DMZ, la ligne de démarcation entre les deux Corées, dans la vallée de l’Omo en Éthiopie, je m’y suis d’ailleurs cassé le pied, j’ai voyagé à bord du Transsibérien, du Transmongolien, j’ai vu le lac Baïkal, le camp de Gengis Khan, j’ai fait la route de la soie… Je partais l’été, les deux mois des vacances scolaires. Mais une fois à la retraite, je choisissais les pays où il y avait la fête nationale. » Et ainsi jusqu’au Covid.
« Au départ, on me qualifiait de folle et par la suite, on m’a demandé de faire des récits de voyage pour le Rotary, des clubs, des maisons de retraite… On ne me prenait plus pour l’hurluberlue. »
Et les chapeaux ? « Au début, au Ladakh, j’ai vu que les hommes et les femmes portaient une drôle de coiffe. Je l’ai trouvée originale et ça pouvait me protéger. Voilà comment ça a commencé. » Au fil des voyages, elle en achète à l’habitant, sur le bord du trottoir, les marchés… Elle en possède une soixantaine.
Elle a aussi une collection de cahiers de voyage qui se terminent toujours par « il faudra que j’y revienne », ce qui s’est révélé pour nombre de contrées. « Pendant six mois, j’écrivais tout ce que j’avais vu ou fait et les six autres mois, je préparais le voyage suivant. J’ai toujours été rigoureuse question santé et sécurité. Je ne partais jamais la nuit dans les ports ou les endroits malfamés. De jour, c’était différent. Mais tout cela n’a rien d’extraordinaire. »
Ce qui l’a le plus bouleversée ? « La misère dans le regard des gens, elle est triste partout… Quelle chance j’ai eu d’être née en France, pour la liberté. »