Savez-vous qu’une délibération de 1801 a « défendu à toutes personnes de se baigner nus dans le canal de 7h du soir jusqu’à 10h« , canal Le Clère aujourd’hui comblé ? « On image mal des citoyens se promener ainsi à cette époque, mais si telle décision a été prise, c’est que certains le faisaient. La formulation interroge : était-ce autorisé en dehors de ces horaires ? », s’amuse Gilles Fau.
C’est une des pépites que cet habitué des archives municipales, il les fréquente assidument deux fois par semaine, a exhumé des registres du conseil municipal de la ville de 1789 à 1914. « Je ne suis pas un historien », se défend cet ancien enseignant directeur d’école, auteur de plusieurs ouvrages et diplômé d’archéologie. Il lui a tout de même fallu être animé par une indéniable fibre de chercheur et une passion prononcée pour sa ville d’origine pour se plonger dans les délibérations et nourrir ce Dictionnaire curieux de Brive aux Éditions Mon Limousin.
La présentation sous forme alphabétique rend l’ouvrage accessible par différentes entrées, favorisant ainsi une lecture au fil des envies. Point d’histoire chronologique, mais « une déambulation impressionniste » selon son auteur. D’autant qu’il en a exclu tout ce qui a trait à la fastidieuse comptabilité composant la majorité des délibérations. « Mon fil conducteur, c’est la vie quotidienne des Brivistes, l’atmosphère des rues. »
Ainsi apprend-t-on qu’en 1875 un arrêté luttant contre l’encombrement des rues et des trottoirs a donné lieu à une application plus que zélée par les agents municipaux interdisant les administrés à simplement sortir une chaise pour prendre l’air. Qu’en 1792, la municipalité devait se charger d’enlever cannes et épées cachées chez les citoyens pour endiguer les duels. Qu’en 1883, il était question de taxer les chiens errants… Et ainsi au gré des pages, de la fête des époux, des culs-de-sac et air salubre, du secours aux inondés, d’une affiche malvenue de maison de tolérance, de tapage nocturne, risque d’incendie, d’achat de revolvers pour la police…
Ce dictionnaire certes curieux offre ainsi un voyage dans le temps, dessinant le portrait d’une vielle en perpétuel mouvement, en écho aussi avec nos interrogations actuelles.
« C’est un ouvrage de référence, la vie de tous les jours de nos ancêtres. Facile d’accès, il permet de vulgariser les archives municipales », se félicite le directeur Thierry Pradel dont l’équipe a extrait nombre de dossiers des magasins foisonnant pour alimenter l’auteur qui travaille à la finalisation d’un deuxième tome pour la période 1914 à 1970.
Le Dictionnaire curieux de Brive, paru aux Éditions Mon limousin, est préfacé par Marguerite Guéli, présidente de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze. Nul doute qu’il devrait donner lieu à une conférence que cette docte société organise. Il est disponible selon la formulation dans toutes les bonnes librairies.