Aurélien Vernhes-Lermusiaux, de Brive à la Colombie

Un parcours singulier, entre Corrèze et Colombie, qui incarne à lui seul l’ambition de la filière cinéma locale.
La couleuvre noire - photo de plateau
Alexi Tafur

Ancien élève du lycée d’Arsonval, Aurélien Vernhes-Lermusiaux revient à Brive avec La Couleuvre noire, son deuxième long métrage, actuellement à l’affiche au Cinéma Rex. Un parcours singulier, entre Corrèze et Colombie, qui incarne à lui seul l’ambition de la filière cinéma locale.

Un parcours qui commence à Brive

Avant les festivals, avant Cannes, avant même les salles de cinéma… il y a une salle de classe à Brive. Aurélien Vernhes-Lermusiaux fait partie de ces élèves passés par la section cinéma audiovisuel (CAV) du lycée d’Arsonval (1997-2000). Originaire du Lot, un petit village de 600 habitants collé à Figeac, il fait le choix de venir à Brive en internat pour suivre cette option cinéma. Une décision déterminante.

« Cette option cinéma, même si ce n’était que quelques heures par semaine, a vraiment été fondatrice de mon désir de cinéma. »

Là, il découvre non seulement les films, mais aussi leur fabrication. Le matériel, le montage, le tournage. « Ça m’a donné accès aux images, aux films, à la fabrication, à la caméra, au banc de montage », résume-t-il. À une époque où ces outils n’étaient pas encore accessibles à tous, cette immersion concrète joue un rôle décisif.

Raconter des histoires, construire des récits, imaginer des films. Un élan né très tôt, nourri par les salles obscures autant que par les premiers essais de réalisation. « Rien que de pouvoir voir tous les films gratuitement à l’époque m’a permis d’accélérer ma cinéphile ! Et puis préparer seul un film pour le bac : ce sont des projets très fragiles, mais passionnants à cet âge là ! ».

La suite l’emmène au Fresnoy puis à La Fémis, deux écoles réputées dans le domaine, où il affine une écriture déjà très personnelle, marquée par les paysages et les trajectoires humaines. En 2021, son premier long métrage, Vers la bataille, est récompensé par le prix Louis-Delluc du meilleur premier film, un prix souvent considéré comme le « Goncourt du cinéma ».

Aujourd’hui, il revient là où tout a commencé. Une boucle qui, pour lui, fait pleinement sens.

Une transmission au cœur du projet

« ça me touche vraiment de revenir là où tout a commencé pour moi ! ».

Invité par Les Yeux Verts, pôle d’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine, Aurélien Vernhes-Lermusiaux accompagne cette année les élèves de la section cinéma dont il est le parrain. Des rencontres, des masterclasses, des analyses de films, des échanges très concrets sur tout le processus de fabrication d’un film, de l’écriture à la sortie en salle.

Pour lui, l’enjeu est clair : transmettre et ouvrir des perspectives, et pas seulement sur le métier de réalisateur, mais sur toutes les possibilités de carrières qui s’offrent au cinéma.

« On peut venir d’un petit village, d’une famille qui n’est pas artistique, et faire des films ! »

Un message essentiel pour ces lycéens, parfois encore en train de chercher leur voie. « Ces années-là sont fondatrices. C’est là qu’on forge son regard », insiste-t-il.

Derrière cette implication, c’est tout un écosystème qui agit. Notamment Les Yeux Verts : un pôle d’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine, actif en Limousin, qui travaille en coopération avec l’agence culturelle de la Région Nouvelle-Aquitaine (ALCA). Les Yeux Verts – un hommage à Marguerite Duras pour ses écrits sur le cinéma – travaillent au quotidien à rendre le cinéma accessible, notamment auprès des scolaires. Un travail soutenu par la DRAC, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Corrèze et la Ville de Brive.

« L’éducation à l’image est précieuse. Elle permet de comprendre les images, mais aussi de faire naître un désir de cinéma. Dans l’option CAV, il y a ceux qui ont déjà les yeux qui brillent, et ceux qui interrogent encore leur projet… Les Yeux Verts sont un complément essentiel de cette option cinéma ! »

LES YEUX VERTS - Pôle d'éducation aux images en Nouvelle Aquitaine

Au lycée d’Arsonval, les élèves en spécialité Cinéma Audiovisuel bénéficient toute l’année d’interventions de professionnels du cinéma. Un programme conçu par Les Yeux Verts, avec le soutien de DRAC Nouvelle-Aquitaine, en lien avec l’équipe pédagogique.

Ils participent également à des parcours en festivals, notamment au Festival du cinéma de Brive. En terminale, ils sont accompagnés dans la réalisation de leur film de bac. Une sélection est projetée au Cinéma Rex lors d’une séance publique. Deux films sont ensuite choisis et diffusés en avant-séance de la Fête du court métrage.

Un maillage discret mais essentiel, qui permet à des vocations d’émerger, et parfois de s’inscrire dans la durée.

La Couleuvre noire, un film habité

Avec La Couleuvre noire, Aurélien Vernhes-Lermusiaux poursuit un cinéma profondément ancré dans les territoires.

La_Couleuvre_noire_Visuel_13_Final

Le film nous entraîne en Colombie, dans le désert de la Tatacoa. On y suit Ciro, de retour auprès de sa mère mourante après des années d’absence. Un retour qui devient peu à peu une traversée intime. « C’est un film qui n’est pas prémédité ! Si on ne m’avait pas amené là le film n’existerait pas ! »

Mais derrière ce pays lointain, le film puise aussi dans une expérience plus personnelle. « J’ai retrouvé dans ce désert des sensations que j’avais connues enfant sur les causses. »

De cette intuition naît le film. « J’ai essayé de faire un pont entre mon histoire et la leur. » Un lien entre deux territoires, deux cultures, deux manières d’habiter le monde. Le désert n’est pas un simple décor. Il impose son rythme, son silence, sa rudesse. Il devient une présence, presque un langage. Un espace qui transforme les personnages autant qu’il les révèle.

Tourné avec une équipe en grande partie locale et des comédiens non professionnels, le film cherche une forme de justesse, loin de tout exotisme. Un cinéma sensoriel, exigeant sans être démonstratif, qui invite le spectateur à ressentir autant qu’à comprendre.

Un cinéma de la mémoire et du retour

Au cœur du film, une constante dans le travail du réalisateur : la question de l’héritage. « Tous mes films parlent de mémoire et d’héritage. » Dans La Couleuvre noire, cette dimension prend la forme d’un retour aux origines. Une confrontation à ce que l’on a fui, mais aussi à ce qui nous construit. « On part parfois pour mieux revenir. »

Une idée qui résonne autant dans le film que dans son propre parcours. Car revenir à Brive aujourd’hui, c’est aussi revenir à la source d’une sensibilité, à ce qui a façonné son regard. Le film invite ainsi à interroger notre rapport aux lieux, aux racines, à ce que l’on choisit de transmettre… ou non.

Un cinéma entre ici et ailleurs

Si La Couleuvre noire se déroule en Colombie, le film reste profondément lié à la Nouvelle-Aquitaine.

Le projet a été accompagné en région, notamment dans son développement et sa post-production par la production bordelaise Dublin Films, ou encore l’étalonnage en Charentes maritime. Une preuve que le cinéma d’auteur peut naître ici, se construire ici, avant de circuler à l’international.

Aurélien Vernhes-Lermusiaux poursuit aujourd’hui ce dialogue entre territoires. Il prépare actuellement un nouveau film, entre Marseille et l’Éthiopie, autour de la question des croyances et de la manière dont elles façonnent nos existences.

Bonne nouvelle pour les cinéphiles de Brive : La Couleuvre noire est toujours à l’affiche du Cinéma Rex, après avoir déjà bénéficié d’une avant-première en mars. Classé art et essai, le cinéma Rex en a fait l’un de ses coups de cœur. Le film est à découvrir jusqu’au mardi 14 avril.

Pour le réalisateur, l’expérience en salle reste essentielle : « Il faut voir La Couleuvre Noire pour l’expérience de cinéma. Pour découvrir un territoire peu connu. Et pour prendre conscience de la valeur des héritages intimes. »

Une invitation au voyage, mais aussi au retour.

https://www.lesyeuxverts.com/

http://cinema-rex-brive.fr/

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