Mardi soir, la salle d’honneur de la mairie de Brive est comble. Associations, élus, services municipaux, habitants : une centaine de personnes ont répondu à l’invitation de l’Office municipal de l’environnement (OME). Un rendez-vous dédié à l’Environnement à Brive et à la transition écologique, au croisement de la participation citoyenne et de l’action publique.

Autour de Frédéric Soulier, maire de Brive, de Valérie Taurisson son adjointe chargée de la famille et de l’enseignement, et de Jacques Veyssière, adjoint chargé de la démocratie participative, de la vie des quartiers et de l’aménagement urbain, de nombreux élus, des associations, des habitants… La soirée va permettre de mesurer le chemin déjà parcouru.

Encore jeune, l’OME trouve progressivement sa place dans le paysage local. « L’OME fait partie d’un dispositif de démocratie participative, au même titre que les offices du sport, de la culture ou de la solidarité », rappelle Roland Garnier, président de l’OME.
Sa ligne est claire : fédérer, impulser, partager.
Fédérer : une énergie collective qui prend forme
Dès les premiers échanges, un constat s’impose : la mobilisation est réelle. Près de 80 acteurs participent aujourd’hui aux travaux de l’OME, qu’ils soient issus du monde associatif, des institutions ou du terrain, pour calibrer la ville de demain.

« Fédérer, c’est rassembler, lier des énergies, faire naître des projets et les faire vivre », insiste Roland Garnier, saluant au passage l’implication d’élus comme Jean-Daniel Vilatte, ou Jean Poncharal, engagés de longue date sur les questions de transition environnementale, ou d’espaces verts et d’équipements publics.
Cette dynamique s’est concrétisée en 2025 avec la première Fête des Jardins, co-construite avec les services et les partenaires. Trois sites en centre-ville, plus de 35 exposants, des animations, des conférences… et du public, malgré la pluie.

Un an plus tard, le 25 avril 2026, la deuxième édition de la Fête des Jardins s’est tenue sous le soleil, avec une organisation renforcée, une expo photo et une fréquentation toujours au rendez-vous. «Nous avions commandé du beau temps ! », plaisante Emilie Josse-Delmas, chargée de mission PCAET (Plan climat-air-énergie territorial) et coordinatrice de l’Office municipal de l’environnement (OME). « Le vivant intéresse les vivants ! », résume Roland Garnier. Un évènement qui devrait se pérenniser…
Dans le même esprit, les animations menées dans les squares et jardins, menées avec l’association « Le champ des villes » et le service cadre de vie, ont installé une présence régulière de la nature dans le quotidien des habitants : 17 rendez-vous, 7 partenaires et plus de 570 participants sur la saison. De même pour la Rencontre Mobilité.
Impulser des projets : du concret, construit avec les habitants
Au-delà des événements, l’OME s’affirme comme un véritable espace de travail.
En 2025, plusieurs avis et délibérations ont été rendus sur des sujets structurants comme la trame verte, l’animation des squares et jardins ou encore la mesure de la renaturation. À chaque fois, des groupes de travail associant 20 à 25 personnes ont été mobilisés, venant des services, des associations, des quartiers. Ce travail collectif a permis de formuler 45 recommandations, dont 18 propositions concrètes, avec une moyenne de 5 mois d’échanges préalables.

« Le fer de lance de toute une stratégie d’aménagement urbain et environnemental réussie ! ».
Sur le terrain, cette logique se traduit par des réalisations visibles.

C’est le cas du jardin éphémère de la place de la Halle, conçu en concertation avec les riverains et le conseil de quartier (Q1), en lien étroit avec Jacques Veyssière. « On est allés voir les personnes qui vivent sur place. On leur a posé la question de savoir si c’était utile », explique l’élu. Une manière de construire des projets au plus près des usages. Et répondre aux problématiques de chaleur en ville par une opération 100% réalisée par les agents de la ville. « On voit régulièrement des personnes se poser, se reposer, et lire à l’ombre et au frais dans ce jardin éphémère ». Une sorte de préfiguration de ce que pourrait être un aménagement durable de la future Place Bernard Mas, fondateur de Sothys…
Mieux connaître la ville pour mieux la transformer
L’un des temps forts de la soirée concerne la mise en place d’un outil inédit : la carte d’identité verte. Une démarche unique en Nouvelle-Aquitaine. « Collecter le plus d’informations possibles sur le végétal en ville, pour avoir une photo à l’instant T, un tableau de bord, et élaborer un diagnostic pertinent », explique Jacques Veyssière.
Une démarche ambitieuse, construite avec les services techniques, notamment Jérôme Pesteil directeur SIG et TIC et Mathieu Anglard technicien Data, sous l’impulsion de Florent Vigouroux, DGA en charge des services techniques.

« Il faut plusieurs saisons pour bien inventorier les espaces », rappelle Émilie Josse, en évoquant le travail engagé sur la connaissance fine du territoire qui sera forcément pluriannuel.
À l’échelle de la ville, les 17 quartiers seront analysés selon 22 critères croisant biodiversité, climat et cadre de vie. « Une démarche qui intègre une évolution des outils », indique Régis Petitpas, directeur du service Gestion de l’Espace Public. « Des photos aériennes sont analysées, notamment avec l’IA, pour servir de référentiel. Chaque critère a sa cartographie. Plus de 12.000 arbres ont ainsi déjà leur fiche d’identité ! »

Dans le quartier 1, cœur de ville, les résultats confirment une réalité bien connue : forte minéralité, peu de végétation, forte présence d’îlots de chaleur. 10% de végétal pour 90% de minéral, 89% de la superficie du quartier est considéré comme un îlot de chaleur (pour 43% pour la ville dans sa totalité).
Une situation que ne nie pas Jacqueline Emerit, présidente du conseil de quartier cœur de ville : « Oui, on est dans une cuvette, c’est compliqué… mais on voit que ça évolue. Et maintenant, on en veut encore plus. 316 nouveaux arbres c’est bien… On veut encore plus d’arbres. ». Un témoignage qui traduit à la fois les contraintes… et les attentes.
Quand la transition change vraiment le quotidien
La transition écologique se vit aussi dans des lieux du quotidien. En 2025, trois cours d’école ont été profondément transformées : Michel Peyramaure, Thérèse Simonet et Jules Vallès.

Un chantier porté notamment par Valérie Taurisson, première adjointe, qui en rappelle le sens : « On ne fait pas de la végétalisation pour faire joli. On répond à des enjeux très concrets : la chaleur, l’eau, le bien-être des enfants. »
À Michel Peyramaure, la cour a été largement désimperméabilisée et végétalisée. À Thérèse Simonet, la transformation est tout aussi significative, avec des espaces repensés, plus perméables et plus végétalisés. À Jules Vallès les élèves ont même participé aux plantations.





Au total, près de 742 000 euros ont été investis sur ces trois sites. « Ce sont des projets importants, mais on travaille pour l’avenir », souligne Valérie Taurisson.
Les effets sont déjà visibles : plus d’ombre, des espaces plus agréables, et de nouveaux usages. « Les élèves se sont approprié les lieux », est-il constaté. Jules Romain sera le prochain, avec un début des travaux durant l’été 2026, et des plantations à l’automne avec les enfants, et encore à l’étude, est envisagé Henri Gérard pour 2027.
Chaque aménagement est désormais pensé dans une logique globale, où l’investissement est évalué au regard de son impact sur le climat, la biodiversité et le cadre de vie.
Des carrés de biodiversité aux jardins de quartier
Autre piste présentée : les carrés de biodiversité, pensés comme des points d’appui pour réintroduire le végétal dans la ville.

« Un carré de biodiversité, ça peut être 2m², 200 m², 2km²… ou beaucoup plus. Ce qui compte, c’est la logique », explique Roland Garnier. L’objectif : avancer par touches, quartier par quartier, pour créer des îlots de fraîcheur et renforcer la biodiversité.
Sur le terrain, cette approche prend déjà forme.

Au jardin Lalo (quartier 5), un espace peu valorisé devient un jardin partagé, planté avec les habitants et les scolaires. Au jardin Le Clere (quartier 3), un site délaissé est en cours de transformation pour devenir un lieu de respiration de proximité. Et au jardin de Fadat (quartier 5), un projet plus vaste se dessine sur près de 9 000 m², avec espaces boisés, verger et futur pollinarium.
Autant d’exemples d’une même démarche : réintroduire la nature, progressivement, dans le quotidien des Brivistes.
Partager : des initiatives associatives innovantes
L’OME accompagne également des initiatives associatives. Parmi elles, l’association Rayon de lumière, qui permet à des personnes en perte de mobilité de redécouvrir leur environnement grâce à des vélos adaptés « Aller vers ces personnes pour les sortir de leur cadre quotidien », explique Daniel Roche son président.

Autre partenaire clé : le CPIE Corrèze, appelé à s’installer à Brive. Son président, André Alanore, le rappelle : « Nous souhaitions être présents à Brive depuis des années. Nous avions déjà tenté une installation. L’idée a prospérer. Et j’espère vraiment que le CPIE apporte ses connaissances au Pays de Brive. Une bonne nouvelle pour notre association qui va avoir 50 ans !»
Un projet qui s’inscrit dans la perspective de création d’une Maison de la Nature, lieu ressource pour accompagner les habitants et les projets.
Une reconnaissance… et une exigence pour la suite
L’obtention du label “Territoire engagé pour la nature”, le 26 janvier 2026, marque une étape importante. Mais pour Roland Garnier, il ne s’agit pas d’un aboutissement. « Il y a une évaluation au bout de quatre ans. On peut perdre le label ». Une exigence qui oblige à structurer et à inscrire les actions dans la durée.

De même la candidature pour l’Atlas de la Biodiversité Communale (ABC). Il reposera sur des
inventaires scientifiques menés par des experts, mais aussi sur des actions ouvertes aux habitants. Oiseaux, insectes, plantes… chacun pourra contribuer à enrichir les connaissances.

Les perspectives sont déjà engagées. Poursuite de la renaturation, développement des actions auprès des jeunes, expérimentations nouvelles… et projets innovant, comme la proposition de la végétalisation du mur de la gare. Un projet qui illustre une transformation progressive de la ville, « par petites touches », comme l’a souligné Frédéric Soulier. Avancer ensemble sur la durée, tel est l’enjeu.

En conclusion, le maire recentre le propos. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le conjoncturel, mais le structurel. La coopération est la chose la plus difficile à obtenir… mais la plus essentielle. » Et de rappeler : « Nous sommes les premiers acteurs de notre environnement. »
À Brive, la transition écologique ne se décrète pas. Elle se construit, pas à pas, avec les habitants, les associations et les services. Une dynamique collective, désormais bien engagée.