Ces « petits riens » d’Évelyne Brisseau

La prof à d'Arsonval aura transmis sa passion à des générations d'élèves, mais l'artiste en elle n’avait curieusement jamais exposé. À découvrir jusqu’au 23 mai à la bibliothèque du campus.
Fatima Kaabouch

Nombreux, et j’en suis, sont ceux qui se souviennent avec nostalgie de ses cours d’arts plastiques ou d’histoire de l’art à d’Arsonval où elle même avait été élève avant d’y faire carrière. Elle est de ses enseignants qui par leur flamme et leur bienveillance à transmettre, laissent une trace indélébile. Derrière l’enseignante, s’est toujours aussi exprimée une fibre artistique que peu connaissent. Et oui, la prof’ a toujours dessiné, peint, croqué, sculpté, au gré de ses envies.

Fatima Kaabouch

Si peu ont eu le privilège d’apprécier sa créativité, c’est qu’elle l’a toujours cultivée comme un jardin discret. « Je m’étais interdit d’apporter mes travaux en classe », explique-t-elle, répondant à cette exigence à ne pas se poser « en modèle », à influencer en maître, s’effaçant ainsi pour mieux laisser éclore l’envolée de ses élèves. « J’étais juste un moyen de passage. »

Dans ce lien subtil propre à la création, elle aussi s’est nourrie des plus jeunes. « Tant que j’enseignais, les pages blanches étaient occultées par les travaux des élèves. »

Fatima Kaabouch

Chez elle, l’enseignante a toujours pris le pas sur l’artiste. Au point que si l’on parcourt l’exposition, on est frappé par la diversité des expressions et des techniques qu’elle maitrise toutes pour les avoir enseigner. Un florilège d’une vingtaine d’œuvres parmi l’océan d’une vie qui peuple toujours son atelier. Une partie « visible » qui n’a tenu qu’à l’obstination de ses proches à la pousser à exposer.

À l’orée de ses 80 ans, elle a fini par plier, de bonne grâce, y trouvant même une forme d’utilité: « Ça m’a permis de ranger ». Pourquoi à la bibliothèque du campus ? « Parce que c’est mon quartier. » Et elle se gausse si on lui parle « œuvre » ou « tableau ».

« Je ne me revendique pas artiste. Je considère cela comme une pratique, des choses réalisées assez rapidement, qui traduisent des moments de ma vie, d’inspiration, de voyages, de lectures… » D’où l’intitulé de son exposition « Les petits riens », expression qu’elle employait en allant dans son atelier. Comme aussi ces petits riens qu’elle a pourtant semé dans nombre de têtes même réfractaires et qui ont germé en grandes carrières ou amateurs éclairés.

Son parcours est aussi évocateur d’une autre époque car si Évelyne Brisseau a grandi au temps où le dessin était encore enseigné par des intervenants artistes, elle a d’ailleurs été élève d’Anna Gracin-Mayade à qui le musée Michelet a consacré une exposition, elle est quant à elle passait par le prisme d’un cursus structuré et encadré. « À partir du moment où tous les professeurs d’arts ont été formés, on se connaissait, on se fréquentait, il y avait une émulation, notamment à Brive. » Une autre « école de Brive » en quelque sorte qui a vu naître l’incontournable Salon d’octobre qui a vu exposer au théâtre des grands noms comme César ou Cardot.

Une histoire qui intéresse fortement le musée Labenche, conservateur du passé briviste, à l’heure justement où se dessine le futur pôle d’enseignement artistique dans le quartier Brune. « Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait eu cette activité artistique à Brive, avec des enseignants artistes et nous avons débuté un travail de mémoire, de collecte de témoignages« , explique son directeur Vincent Rigau-Jourjon qui avoue lui-même devoir sa vocation à cette enseignante. Pour ne rien perdre des petits riens qui ont écrit notre histoire.

« Les petits riens », Évelyne Brisseau, jusqu’au 23 mai à la bibliothèque du campus, 16 rue Jules-Vallès. Ouverte du lundi au vendredi de 8h30 à 18h30 et samedi de 10h à 17h. Entrée libre et gratuite. Le vernissage aura lieu samedi 9 mai à 17h.

Partager la page

À LIRE

également
Samedi 30 mai à 20h aux Trois Provinces, la prestigieuse formation toulousaine apportera la note finale au 2e Festival du...
Pour les jeunes de 9 à 16 ans, la Ville organise chaque semaine de juillet et août à la base...
Une deuxième édition du Festival du livre militaire, sur deux jours cette fois, vendredi 29 et samedi 30 mai, avec...