Ce que racontent le nom des rues

Rue de la Fontaine Bleue, Eaux Mornes, chemin des Crêtes, la Guierle… Certaines adresses brivistes rafraîchissent l’imagination.
Fatima Kaabouch

À Brive, les plaques semblent parfois avoir été baptisées spécialement pour l’été. Elles parlent de fontaine, de d’eau, d’îles et de hauteurs. La promesse est parfois trompeuse, mais l’histoire, elle, vaut le détour.

Fontaine-Bleue, la fraîcheur coulait de source

Difficile de trouver nom plus rafraîchissant. Il y a la fontaine, d’abord. Et puis ce bleu qui évoque le ciel, les bassins et les longues journées au bord de l’eau. On entendrait presque les glaçons tinter.

La rue de la Fontaine-Bleue ne doit pourtant pas son nom à la seule imagination. Elle rappelle une ancienne prairie où coulait une source réputée. Son eau était recueillie dans une vasque de pierre surmontée d’un fronton sculpté d’une coquille.

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Le bleu, en revanche, ne serait pas celui de l’eau. Il renverrait à un ancien fief appelé « le Bleue », propriété de la famille Maledent au XVIIIe siècle.

La source a disparu du paysage, mais elle continue de couler sur la plaque. En plein été, c’est déjà ça.

Les Eaux-Mornes n’ont rien de triste

Avec un nom pareil, on imagine facilement un étang immobile, un ruisseau assoupi ou quelque marécage oublié. Fausse piste. Ici, l’eau qu’un mirage linguistique.

Les Eaux-Mornes seraient en réalité une déformation des « Aumônes », nom d’un ancien territoire composé de terres appartenant à l’aumônerie du prieuré Saint-Martin. La dénomination actuelle a été officiellement adoptée par une délibération du 16 février 1901.

Fatima Kaabouch

Pas d’eau stagnante, donc, mais un mot que le temps, les oreilles et les usages ont peu à peu transformé. Reconnaissons tout de même que, par 35 degrés, les Eaux-Mornes font davantage rêver que les terres de l’aumônerie.

Sur les Crêtes, on cherche un peu d’air

Après l’eau, prenons de la hauteur. Du côté de Vialmur, le chemin des Crêtes ne cache aucun mystère. Son nom épouse le relief.

Une voie perchée, un horizon plus dégagé et, les bons jours, un souffle d’air bienvenu. Le nom ne garantit évidemment ni brise permanent ni dix degrés en moins. Inutile d’y monter avec une petite laine.

Fatima Kaabouch

Mais lorsque la chaleur pèse sur la ville, prendre de la hauteur reste une idée séduisante. À défaut de fraîcheur, les crêtes offrent au moins la vue.

La Guierle garde les pieds dans l’eau

Sur les plans, elle s’appelle place du 14-Juillet. Dans le cœur et le vocabulaire des Brivistes, elle reste la Guierle. Un nom ancien qui a résisté aux changements d’adresse.

Il viendrait de las ièrlas en occitan, les îles ou les terres humides autrefois formées par les différents bras de la Corrèze. Le secteur a depuis été asséché et la rivière réaménagée, mais la place actuelle occupe un espace longtemps façonné par l’eau.

L’ancien château d’eau, construit en 1834, en garde lui aussi la mémoire. Il servait à pomper et à stocker l’eau avant de l’acheminer vers les fontaines de la ville. Aujourd’hui, il abrite l’office de tourisme. On n’y remplit plus les cruches mais on peut toujours y venir chercher son chemin.

Fatima Kaabouch

Les sources disparaissent, les terres humides s’assèchent et les ruisseaux changent de lit. Les noms, eux, en gardent la trace.

Sources : Brive, histoire et dictionnaire des noms de rues, de Jean-Paul Lartigue et Jean Watson, et À la découverte mémorielle des rues de Brive, de Jean-Michel Valade.

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