La Foire du livre a ses petites histoires

Un coup de bluff pour attirer les Goncourt, une confidence de Jean d'Ormesson surprise au vol et une rencontre bouleversante. L'exposition de la médiathèque a fermé ses portes mais Viviane Badin, qui a accompagné la Foire du livre depuis ses débuts, a quelques histoires à nous raconter.
Viviane Badin exposition Foire du livre
© Florence Vatinel

« Tant pis pour Colette ! » Il fallait oser. En 1985, Bernard Martinat, alors commissaire général de la Foire du livre, tente de convaincre François Nourissier de faire venir les académiciens Goncourt à Brive. Mais l’écrivain ne semble guère emballé. Alors, au moment de prendre congé, il lui lance ces quatre petits mots. Et voilà Nourissier intrigué !

Car Colette, la célèbre romancière, a vécu au château de Castel Novel à Varetz, avec son époux Henri de Jouvenel. Et c’est précisément là que les académiciens pourraient séjourner. Le petit stratagème fonctionne ! Les Goncourt viendront à Brive de 1985 à 1995, y annonceront leur dernière sélection avant l’attribution du prix.

L'académie Goncourt sur les marches de Castel Novel
L’académie Goncourt sur les marches de Castel Novel

Sur une photo prise devant le château, François Nourissier, Robert Sabatier, Hervé Bazin et leurs confrères ont tout sauf l’air de s’ennuyer. « Des gamins en colo qui se retrouvaient ! » s’amuse encore Viviane.

Et Brive avait d’autres admirateurs ! Viviane en a eu la preuve au Salon du livre de Paris. Avec une collègue, elle passe devant le stand des éditions Robert Laffont. Jean d’Ormesson est là, de dos, en pleine conversation. Il ne les connaît pas et ne se doute pas qu’elles l’écoutent. Elles surprennent alors cette confidence. « S’il y a deux salons à faire en France, c’est ici et Brive. »

Viviane Badin exposition Foire du livre
© Florence Vatinel

Mais parmi toutes ces rencontres, il en est une qui tient une place à part dans le cœur de Viviane.

Un jour de Foire de 1998, un homme âgé arrive au stand de la maison d’édition d’Érik Orsenna. Il marche difficilement. Épuisé, il demande si l’auteur est là. Pas encore, il est dans le train du livre. L’homme explique qu’il vient de Marseille, spécialement pour le rencontrer. Dialysé chaque jour, il a même dû organiser ses soins entre les hôpitaux de Marseille et de Brive pour pouvoir passer trois jours à la Foire.

Touchée, Viviane lui propose de laisser son livre pour le faire dédicacer. Car l’homme est à bout de forces et doit retourner à l’hôpital.

Quand Érik Orsenna arrive enfin, elle lui raconte tout. L’écrivain ne réfléchit pas une seconde. Il pose ses affaires, attrape son imperméable et demande : « Vous avez une voiture ? » Il veut aller retrouver son lecteur à l’hôpital.

Sauf qu’au même moment, l’homme réapparaît ! Les deux se retrouvent face à face, les larmes aux yeux. « Il y en a un qui admirait son auteur et l’autre qui admirait cet homme qui avait fait tout ça pour lui »

Viviane en a connu, des rencontres mémorables, au fil des Foires. Mais celle-là reste au-dessus de toutes les autres.

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