Ces artisans brivistes uniques (3/6)

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Ils sont six en cœur de ville, ou à très grande proximité du centre, à avoir une activité artisanale ou métier unique, spécifique dans tout Brive et même au-delà. Ils sont vannier, modiste, coutelier/rémouleur, tisserand, savonnier et sellier. Nous les avons rencontrés. Ils nous ont parlé de leur métier, de leur savoir-faire, de cette passion qui les anime mais aussi de leurs inquiétudes.

Les métiers manuels ont été, pendant des décennies, dévalorisés. Or, il y a de belles opportunités en termes d’emplois mais aussi, et c’est aussi important, en termes d’épanouissement personnel. Ces six artisans brivistes exercent seuls ou au sein de toutes petites structures et ont un savoir-faire unique.

On continue avec Patrick Lenglet, sellier harnacheur/maroquinier, de l’Atelier du Sellier.

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Patrick Lenglet, 70 ans, est un vrai Gone, un enfant de la Croix-Rousse, quartier historiquement et autrefois ouvrier de Lyon. Il est installé à Brive depuis 2003 où il a ouvert l’Atelier du Sellier, le nom de la boutique à l’intérieur de laquelle Patrick exerce son art. Patrick travaille le cuir, il a une formation de sellier harnacheur et une vie bien remplie.  

Dans une autre vie et après de nombreux voyages qui l’ont amené à Londres, à Bruxelles puis en Suisse, Patrick travaillait au contact des chevaux. Il avait, avec sa compagne de l’époque qui était monitrice d’équitation, ouvert dans l’Ain une pension pour quadrupèdes à crinière. Suite à un accident de voiture qui le laisse trois ans sur le carreau, Patrick entreprend, à 44 ans, une formation de sellier harnacheur, en Dordogne à Clairvivre, loin du pays des mille lacs où il vit et de la pension pour chevaux mais ce centre de formation périgourdin accueille les adultes handicapés. L’accident a, en effet, laissé de nombreuses séquelles. Après une formation de 14 mois, Patrick se lance dans ce métier hyper spécialisé, dont l’essentiel de l’activité consiste à fabriquer des pièces destinées à équiper les chevaux (selles, harnachement d’attache et d’attelage…) et ouvre son atelier.

« Je fais de la maroquinerie façon sellier »

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En arrivant à Brive en 2023, (Patrick est en effet entre-temps tombé amoureux d’une Briviste devenue son épouse et il est venu s’installer dans la cité corrézienne), il élargi son offre en fabriquant toute sorte de produits en cuire. Ceintures, sacs, sacoches, étuis…  Patrick s’est donc tourné de fait vers la maroquinerie. « Quand on sait travailler le cuir, que ce soit une selle ou un sac, on sait le faire », affirme l’artisan. Il s’installe à l’angle des rues des Echevins et Saint-Martin. « Le local correspondait à ce que je voulais en termes de surface mais surtout les passants pouvaient me regarder travailler. C’était très important pour moi. » La boutique est en effet dotée d’une grande surface vitrée grâce à laquelle on peut effectivement observer les moindres gestes précis de l’artisan.

Si Patrick, pour toucher une clientèle plus importante, s’est tourné vers la maroquinerie, il n’a pas renié pour autant sa formation d’origine. « Je fais de la maroquinerie façon sellier », insiste-il. Cette marque de fabrique correspond en fait à une technique de couture particulière, typique de la sellerie : le point sellier ! « Ce point est réalisé avec deux aiguilles fixées sur les extrémités d’un même fil. On fait passer alternativement un fil dessus et un fil dessous à chaque point. C’est le point le plus solide. Il est caractérisé par un point incliné (que l’on obtient avec une alêne losange) et un petit espace entre chaque point. »

« Tant que je suis debout, je viens travailler« 

Outre cette technique, qui déjà rend la pièce fabriquée exceptionnelle, Patrick conçoit tout sur mesure « au centimètre près » et n’utilise que du cuire pleine fleur. « C’est un cuir de très grande qualité ! » On pourrait même dire la Rolls des cuirs.

A 70 ans désormais, Patrick travaille moins mais, toujours aussi passionné, il ne se voit pas arrêter et rester chez lui à la maison. « Je viens encore quelques jours dans la semaine et je travaille quelques heures. Je travaille pour le plaisir sur commande presque uniquement. Tant que je suis debout, je viens travailler. C’est ce qui me tient en vie », souffle discrètement Patrick qui a eu récemment d’importants problèmes de santé.

Sans s’être encore totalement fait à l’idée, l’artisan souhaiterait, si cela se présente, accueillir un repreneur. « J’aimerai quelqu’un qui soit dans la même lignée que moi, dans le même état-esprit, je serai alors très heureux de lui céder tout mon équipement ! » Ses machines à coudre allemande et notamment son inestimable pince à coudre que Patrick a lui-même customisée. Mais aussi lui apprendre quelques ficelles du métier. Patrick en a plein le tiroir de son établi.

L’Atelier du Sellier

14 rue Saint-Martin

06.70.73.18.88

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