
Le 15 août 1944, à 21 h 15, au château de la Grande Borie, le colonel Heinrich Böhmer signe la reddition des troupes allemandes placées sous son commandement à Brive. Brive devient la première ville de France à s’être libérée par ses propres moyens.

À mesure que la guerre avance, la résistance des idées a laissé la place à des actions militaires diverses. Les jeunes maquisards ont eu le redoutable honneur de combattre pour leur baptême du feu la division Das Reich. Dans les semaines qui suivent, après une réorganisation stratégique, l’Armée secrète, particulièrement présente sur le secteur autour de Brive, et les FTPF mènent de multiples actions : attentats, sabotages qui déstabilisent un ennemi chaque jour plus isolé.

On compte environ 2 500 hommes mobilisés autour de Brive en 1944 qui font face aux 500 hommes du 95e régiment de sécurité de Böhmer, basés au collège Cabanis (actuellement le lycée d’Arsonval). Brive est encerclée. Les Allemands sont pris dans un étau qui, chaque jour, se resserre un peu plus.
Un événement primordial va définitivement donner un avantage à la Résistance. Le 14 juillet 1944, un énorme parachutage est effectué sur la commune de Monceaux-sur-Dordogne près d’Argentat permettant, enfin, aux maquisards d’être plus correctement armés. L’espoir et la crainte changent de camp.
Heinrich Böhmer, hostile au régime nazi (il a même pris part au complot visant à assassiner Hitler le 20 juillet), sachant la guerre perdue depuis le Débarquement, est ouvert aux discussions fixant les conditions du départ des troupes allemandes de Brive sans pourtant accepter, pour le moment, une reddition totale (le débarquement de Provence le 15 août contribuera sans doute à modifier sa position). Au début du mois d’août, après quelques signes étonnants de la part de l’ennemi, l’idée d’une reddition court. Des contacts commencent ici ou là. Le moral allemand baisse, accentué, il est vrai, par des opérations audacieuses comme l’enlèvement le 8 août d’un train de 16 canons et de munitions par le capitaine Louis des FTPF.
Plusieurs pistes qui s’ignorent voient le jour et avancent séparément. Le sous-préfet Chaussade joue une partition difficile mais essentielle. Ce sont finalement les chefs René Vaujour et Marius Guédin qui prendront la main. La journée du 15 août ira de ruptures en rebondissements, d’espoirs en déceptions, avant qu’après une dernière rencontre à Lanteuil des plénipotentiaires désignés par chaque camp et par le Captain Jack ne se retrouvent à 15 heures et parviennent à fixer les conditions d’un accord accepté par tous.
La reddition de la Ville sera donc signée le soir du 15 août au château de la Grande Borie entre le colonel Böhmer, Jacques Poirier alias « Captain Jack », représentant les Alliés, et le colonel Pierre-Élie Jacquot, au nom des FFI. Une convention particulière, signée des trois hommes mais aussi de Marius Guédin et René Vaujour, complétera le dispositif.
Julien Allain.