Étalées sur le parquet, les cartes illustrant les 54 articles de la Convention internationale des droits de l’enfant. C’est ce texte référence ratifié par 196 États dont s’inspirent les 15 jeunes danseuses. Elles ont seulement 8 jours en discontinu pour créer leur spectacle, fruit d’un échange entre jeunes danseurs de deux continents éloignés, ceux du Studio de dança Aline Rodrigues à Fortaleza au Brésil et du New Danse studio à Brive.
« L’idée est de les sensibiliser de part et d’autre aux droits de l’enfant et de l’adolescent, voir comment l’art chorégraphique peut renforcer une prévention des violences« , explique la danseuse et chorégraphe Fanny Vignals de la Cie Ona Tourna qui travaille avec le Brésil depuis 25 ans et a initié cette passerelle intitulée R-Encontros.
Lors de sa résidence en octobre dernier au Brésil, les 25 danseurs sud-américains âgés de 8 à 17 ans, ont réalisé leur partition : créer et présenter leur spectacle puis envoyer à leurs correspondantes brivistes des phrases chorégraphiques sous forme de vignettes vidéos qui vont nourrir leur réflexion. « Chaque jeune a transmis sa danse à un danseur de l’autre pays. Les Brésiliens n’avaient jamais fait de danse contemporaine, c’est incroyable ce qu’ils ont créé en 15 jours. Ils ont un très bon niveau. »


Les jeunes Brésiliens n’ont malheureusement pas pu venir à Brive comme prévu cet été, mais ils sont attendus pour la restitution à la rentrée, lors des Journées de la culture et du patrimoine. « On espère les voir en septembre », confirme Lena, 10 ans qui apprécie cette fenêtre ouverte sur « une autre culture ». « C’est rare de mener des projets avec d’autres pays, ça change », abonde Livia, 17 ans.

Une chance que les danseuses volontaires pour ce projet n’ont pas laissé filer. Elles viennent de la danse classique, jazz ou contemporaine et mêlent leurs approches dans cette coconstruction, nourrie également par des interventions d’une psychologue de l’hôpital de Brive qui les sensibilise à la prévention des violences.
« Nous travaillons beaucoup sur l’écoute des autres », témoigne Fanny Vignals. « Toutes étaient surprises de découvrir qu’il y avait autant de droits et qu’ils étaient sacralisés par une convention officielle. L’objectif est qu’elles manipulent ces droits, qu’elles s’en imprègnent, transforment les mots en improvisation. »


Quand les mots ne suffisent pas à exprimer une part d’indicible en soi, place à l’expression. « Je vais lire un article et vous allez danser autour. Ne réfléchissez pas, faites les choses« , lance la chorégraphe en attrapant une carte. « Accès aux informations », annonce-t-elle (et c’est un pur hasard). Elle passe en revue les différents médias et les danseuses se métamorphosent en ordinateur, mappemonde, écran, radio, antenne… Rien de cette approche n’échappe à la caméra de Romain Granchamp qui suit tout le projet afin de réaliser un documentaire de 10 minutes.


« Dansez comme si c’était la guerre autour de vous », guide la voix. Les gestes deviennent spasmodiques, les corps se cherchent, se frôlent, s’évitent… « La solidarité », clame la voix. Les danseuses se prennent spontanément la main en petits groupes se rejoignant jusqu’à former toutes une ronde. « Chacune prend une carte, la fait circuler dans tout l’espace, passer les frontières. Trouvez une fin ensemble. » Poussée par une transcendance qui les submerge, les quinze se rejoignent pour former comme une montagne, visiblement heureuses de ce moment en suspens. Et nous, on a hâte de découvrir le rendu final.

Le spectacle sera présenté dimanche 21 septembre à 15h et à 16h30. À L’Ouvroir. Le lieu n’est pas anodin leur explique Françoise Cance, chorégraphe du New Danse Studio. « C’est à la Providence, une maison qui accueille des jeunes traversant des difficultés familiales. Ça a du sens. »
