Faire exister son cinéma

Primé à Cannes, Mohammad Rasoulof concourt au festival de Brive. Nous l'avons rencontré.
Fatima Kaabouch

Propos recueillis par Narjis Nouri

Pour des raisons de sécurité, il n’a pas souhaité être photographié ni évoquer la situation en Iran. Le cinéaste s’est exprimé par l’intermédiaire de sa transcriptrice venue de Londres, Iante Roach, puisqu’il parle en farsi.

« Mon premier conseil est de rester fidèle à soi même. Il faut absolument conter les histoires qui vous inspire. » Le réalisateur iranien nuance tout de même : « mais cela sans jamais oublier que le cinéma a un marché et qu’en début de carrière, il peut être impossible de trouver le soutient qu’il faut. Alors il est très important de trouver une façon de convaincre le marché de faire les films que l’on souhaite. »

Ne pas se soumettre, certes, mais ne pas s’isoler non plus. « Il faut donc trouver l’équilibre qui permet de créer le film dont on a envie. Il ne faut pas accepter tout ce que le marché nous impose en tant que cinéaste. Mais il ne faut pas non plus s’en éloigner au point que personne ne puisse voir votre film. »

Plus simplement : « Il faut imposer son idée et la façon de la raconter au marché ». Son film présenté en compétition cette semaine au Rex, Sense of Water, a justement été rendu possible grâce au Displacement Film Fund, un fonds d’aide au cinéma pour les artistes contraints à l’exil ou au déplacement.

Concernant Brive, Mohammad Rasoulof est séduit : « Je n’ai pas eu le temps d’encore de tout visiter, mais ce que j’ai pu voir m’a beaucoup impressionné. Je trouve la ville très jolie. C’est une ville si petite, elle n’a que 50.000 habitants, et pourtant si vivante. Tout le monde est très amical ».

À ses yeux, ces Rencontres internationales du moyen métrage offrent un espace favorable aux expérimentations. « Le festival de Brive est un point de rencontre très intéressant. C’est ici que beaucoup d’innovations et d’originalités naissent. » Une circulation entre regards neufs et parcours affirmés qui lui plaît : « Il y a une rencontre entre ceux qui sont juste au début de leur carrière et qui profitent de l’environnement pour s’inspirer et se lancer dans quelque chose d’énorme et majestueux ; et ceux qui ont déjà beaucoup accompli mais souhaitent s’essayer à autre chose ». Un mouvement dans lequel il s’inscrit lui-même, pourtant déjà reconnu pour ses longs métrages.

Le regard qu’il porte sur le cinéma iranien s’élargit alors. « Il y a toute une génération de réalisateurs qui n’ont pas été vus et reconnus. Ils ont cherché à interroger la vie personnelle et très privée des gens. » Une approche qu’il juge ne pas être totalement neutre. « Certains essayent de s’enfuir de toutes les histoires qui peuvent avoir une réflexion politique. Je trouve cette fuite très politique elle-même. »

Reste alors un souhait : « J’espère qu’une route vers les festivals internationaux, mais aussi dans la distribution mondiale, s’ouvrira pour ces films ».

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