A 94 ans, le musicien briviste a encore plein de projets en tête.
Il avoue avoir fait une petite pause de huit années. Jack Labrunie, musicien briviste, flutiste hors pair mais aussi multi-instrumentiste, s’apprêterait à reprendre du service, il pratique encore la flûte cinq heures par jour ! Il a en tout cas toutes sortes de projets en tête. Nous l’avons rencontré avec l’un de ses autres et nombreux amis musiciens, avec lequel il a joué, Charles Balayer, entre autres l’organiste, s’il vous plaît, de Saint-Martin, fondateur de l’ensemble briviste de jazz vocal Chœur Artie Shaw (aujourd’hui disparu), musicien accompli et réputé. Parler avec ces deux artistes c’est faire une plongée dans la musique classique et jazz d’une certaine époque. C’est également pour de nombreux Brivistes qui ont côtoyé ou écouté le flûtiste de tendres souvenirs qui pourraient ressurgir. Jack Labrunie a été aussi pendant de longues années un professeur de musique à Bossuet et Notre-Dame apprécié qui a marqué des générations d’élèves.

Encore cinq heures de flûtes par jour et des idées plein la tête
Des clubs de jazz enfumés des années 1950-1960, en passant par les églises, les concerts à travers la France et l’Europe, Jack Labrunie est une référence musicale. Né à Brive en 1931, très vite il se met à la musique et mènera une carrière prolifique. Jack Labrunie a « de mémoire » composé environ 1200 morceaux et fait une vingtaine de disques.
« Mon père était violoniste, il a fait le conservatoire de Limoges, il jouait dans les cafés. Ce qu’on appelait les caf’conc’. J’ai débuté par l’accordéon. Je suis ensuite passé à la clarinette, j’aimais beaucoup les mélodies, j’aimais Bach, Gershwin et le jazz, notamment Charlie Parker. J’ai fait un peu de saxophone et j’ai commencé à vouloir écrire des petites pièces musicales. J’ai également touché au bandonéon grâce à Astor Piazzolla, que j’ai rencontré, et dont j’étais un fan absolu. » Mais c’est la flûte qui deviendra son instrument de prédilection suite à la rencontre avec Charlie Hernandez. « J’ai été tellement enthousiasmé, j’ai été profondément touché. » Avec la découverte du jazz, Jack Labrunie, qui a une formation classique, va introduire dans son jeu un peu de fantaisie et développer sa propre technique.
Charlie Parker, Piazzolla, Grappelli, Dizzy Gillespie
La musique, c’est des rencontres. Et le Briviste en a fait. Comme celle impressionnante et déterminante qui se déroula à Limoges lors d’un concert de Stéphane Grappelli. « Il fait partie des plus grands violonistes de jazz du 20e siècle, il a créé le Quintette du Hot Club de France au sein duquel Django Reinhardt était à la guitare. Après son concert, il vient donc me voir et me dit : cela vous plairait de jouer à mes côtés ? C’était un honneur ! J’ai fait quelques concerts avec lui lors de mini-tournées ou lorsqu’il venait jouer dans les coins », raconte Jack Labrunie.
Par ses concerts, son talent et son travail acharné, Jack Labrunie va acquérir une notoriété incontestable qui va logiquement le pousser à enregistrer un album : sa pièce maîtresse éditée internationalement, enregistrée au milieu des années 1970 dans un studio parisien, en une journée, avec plusieurs musiciens professionnels. L’enfant qui pleurait des oiseaux… concerto pour flûte et orchestre. « Cela aurait pu être une bande originale de film ! », souligne Charles Blayer. Jack Labrunie en écrira bien d’autres.
« Merci à mon épouse«
Autre moment fort, inoubliable et exceptionnel pour des musiciens et particulièrement de jazz, que Jack Labrunie va connaître avec ses compères Charles Balayer et Dominique Perrouault, c’est leur prestation en première partie de Dizzy Gillespie, légende du jazz, à Clermont-Ferrand au milieu des années 1980…
Des souvenirs, des anecdotes, Jack Labrunie en a à la pelle. Des cartons de photos, d’articles et de disques plein son bureau du rez-de-chaussée de sa maison des Beylies Basses. On pourrait rester discuter avec lui des heures.
Pendant des dizaines d’années, Jack Labrunie a joué environ huit heures de musique par jour, sans compter les bœufs, le soir dans les clubs (quand il était plus jeune), puis les tournées et les concerts qui s’enchaînent. L’amour de Jack Labrunie pour la musique classique et le jazz est fort, imposant et n’a sans doute pas beaucoup laissé de place à sa vie personnelle. Ne dit-on pas des artistes qu’ils sont souvent avalés par leur passion, obnubilés par eux-mêmes et leur carrière ? Peut-être. Cependant ils sont aussi de grands sensibles. A la fin de notre entretien, le musicien briviste se confie à voix basse. « Vous pouvez écrire que je remercie mon épouse pour m’avoir accompagné, soutenu et supporté toutes ces années ? » Un petit hommage simple de la part de celui qui en méritait bien un, aussi.