Tous joueurs ! Amateur de jeux de rôles, stratège du jeu de plateau, collectionneur de cartes à jouer ou adepte de soirées jeux jusqu’au bout de la nuit ? Vous êtes un geek ! Boutiques spécialisées, associations, événements : suite de notre panorama — forcément non exhaustif — d’une culture ludique résolument gaillarde…

À Brive-la-Gaillarde, la culture geek ne se vit pas uniquement derrière un écran. Elle se partage aussi, très concrètement, autour d’une table, dans un lieu devenu incontournable pour les amateurs de jeux : la boutique Le Gobelin.

Installée rue Charles-Teyssier, l’endroit est à la fois une caverne d’Ali Baba ludique et un lieu de conseil. Jeux de société, jeux de rôles, figurines, cartes à collectionner : l’offre est dense, foisonnante. Chaque année, entre 1 000 et 1 300 nouveaux jeux sortent dans le monde. Impossible de s’y retrouver seul. Ici, près de 400 titres sont sélectionnés, testés et recommandés en fonction des profils des joueurs, de leurs habitudes… ou de leur curiosité.
« Chaque jeu peut être ton premier », aime rappeler l’équipe. Une phrase qui résume parfaitement l’esprit du Gobelin.

(De gauche à droite : Vincent, Benjamin, Quentin et Gilles)
Une équipe de passionnés… et de spécialistes
Si l’univers du jeu est vaste, l’équipe du Gobelin fonctionne comme une bande de touche-à-tout du ludique, chacun avec ses domaines de prédilection.
Son fondateur, Gilles, 44 ans, est un Briviste de naissance. Adolescent déjà, avec son frère, il crée une première association ludique à Brive, bien avant que la culture du jeu moderne ne se diffuse largement. Après avoir fait ses armes à Sartrouville, il choisit de revenir s’installer en Corrèze. Un retour aux sources assumé, avec l’envie de faire du jeu un véritable outil de lien social.
Gilles est un passionné de jeux de rôles et de l’univers Warhammer, il parle volontiers de narration, d’immersion et de mondes à construire ensemble.
Benjamin est le spécialiste des jeux de cartes à collectionner (JCC), de Magic à Pokémon, en passant par Flesh and Blood. Il accompagne aussi bien les débutants que les joueurs confirmés, expliquant règles, formats et stratégies, mais aussi l’esprit communautaire qui entoure ces pratiques.
Quentin est résolument tourné vers les jeux de plateau. Une passion qu’il cultivait déjà dans sa précédente boutique, Le Pot’Ô Jeux, avant de rejoindre l’aventure du Gobelin. Jeux familiaux, jeux d’ambiance, jeux narratifs : il aime trouver le jeu qui rassemblera immédiatement autour de la table.
Vincent, enfin, s’adresse aux amateurs de jeux experts, plus exigeants, où la stratégie, l’anticipation et la planification sont centrales.
Tous partagent la même conviction : ici, on apporte de la culture, on fait découvrir des choses que les gens ne connaissent pas encore.

Jouer, un média à part entière
Au Gobelin, le jeu n’est jamais réduit à un simple passe-temps. Chaque boîte est pensée comme une expérience complète. Un jeu est à la fois une mécanique, un objet, une proposition visuelle et textuelle, parfois même une œuvre artistique. Illustrations, univers graphiques, règles et récits participent à raconter une histoire.
Jouer, c’est aussi développer des compétences bien réelles : écouter, observer, anticiper, négocier, coopérer, accepter de perdre ou de gagner. Les jeux de rôles, par exemple, mobilisent l’imagination et l’expression orale. Les jeux de stratégie sollicitent la logique. Les jeux coopératifs rappellent que l’on gagne parfois… ensemble.
Autant de qualités sociales ancrées dans la vraie vie.

Du jeu classique au jeu d’auteur
Pendant longtemps, le jeu de société a été dominé par de grands éditeurs historiques.
- Chez Parker, Monopoly, Risk, La Bonne Paye ou Cluedo.
- Chez MB, Puissance 4, Docteur Maboul, Taboo ou Qui est-ce ?.
- Chez Dujardin, 1000 Bornes, Le Cochon qui rit, ou Reversi.
Ces jeux ont marqué des générations entières. Mais à partir des années 1990, l’émergence du jeu d’auteur change la donne. Le joueur devient acteur, le hasard recule, la stratégie et la narration prennent de l’importance. Le jeu s’affirme alors comme un média culturel, capable de transmettre un imaginaire et même un patrimoine.
Une boutique bien ancrée à Brive
Le parcours du Gobelin est aussi celui d’un choix territorial. Après Sartrouville, le retour à Brive s’est imposé naturellement. « Les Brivistes aiment leur centre-ville », observe l’équipe. Une réalité tangible, nourrie par un attachement aux commerces de proximité et aux lieux de vie.

Malgré une année 2025 plus difficile économiquement, la boutique affiche un chiffre d’affaires en progression constante, portée par le succès de plusieurs jeux phares : SETI, gros jeu expert qui était un pari et s’est révélé une belle surprise ; Flip 7, petit jeu de cartes au parfum de blackjack ; Odin, sacré As d’or 2025 ; et DORF Romantik, jeu coopératif de construction de village très apprécié pour son esprit collaboratif.

Située à deux heures de tout, Brive attire aussi des joueurs venus de Toulouse, Cahors, Limoges, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Périgueux et même Angoulême, notamment lors de rencontres autour de Flesh and Blood. Une centralité géographique qui fait du Gobelin un point de rendez-vous régional.
Une présence permanente sur le territoire
Le Gobelin ne se limite pas à ses murs. La boutique intervient jusqu’à une vingtaine de fois par mois dans différents lieux : au Briv’yolo, à La Banou, au musée Michelet, aux Archives municipales, à la médiathèque, au centre culturel, mais aussi en résidences autonomie ou au lycée Bahuet, où l’équipe a notamment “ludifié” l’internat.

Ces actions s’inscrivent naturellement dans un réseau local dynamique, en lien avec la Guilde Ludique Briviste, avec laquelle joueurs, bénévoles et passionnés se retrouvent régulièrement autour des mêmes tables.
À noter d’ailleurs : le 21 février, une soirée jeu de rôle sera organisée avec trois tables, soit 15 joueurs, sur inscription.
Une bonne excuse pour se retrouver
Dans un monde saturé d’écrans, le succès du jeu de société rappelle une évidence : le plaisir d’être ensemble, physiquement, le temps d’une partie. À Brive, cette pratique s’inscrit pleinement dans la culture geek locale, aux côtés du jeu vidéo, du manga ou du cosplay.
Ici, jouer n’est pas une fuite. « C’est une bonne excuse pour passer du temps avec des vrais gens ».
