Ce voyage, ils l’ont décroché grâce au prix Sing’in Corrèze. Pour convaincre, il ne suffisait pas d’avoir une belle voix. Il fallait aussi montrer son envie, sa capacité à guider un groupe et son aisance en anglais. Dans une vidéo, chacun devait interpréter un extrait du programme, diriger un exercice devant d’autres jeunes, puis défendre en anglais son envie de rejoindre la Summer School de VOCES8. Rafael et Mariam ont su convaincre le jury, et décrocher leur place pour l’Angleterre.
« À mon avis, ce qui a fait la différence, c’est mon envie d’aller plus loin, d’en apprendre plus, ma motivation », explique Rafael. À 15 ans, il chante depuis ses 3 ans. Douze ans de chant déjà, et une vraie envie de creuser la technique vocale. « Je veux me spécialiser dans les techniques vocales. Chanter devant un public, je ne dirais pas forcément que c’est ce qui m’attire le plus, mais me spécialiser, oui. » Le public, pourtant, il connaît déjà un peu. Avec Sing’in Corrèze, il a chanté devant près de 2 000 personnes.
Rafael quittera le collège Rollinat à la rentrée pour entrer au lycée Cabanis. Il ne retrouvera pas la chorale de ses professeurs de musique, mais il n’imagine pas pour autant arrêter. « Je continuerai chez moi, à l’école de musique. » En Angleterre, il veut surtout « en apprendre plus, pratiquer l’anglais et voir comment d’autres personnes chantent ». Et puis il y aura aussi le plaisir d’écouter. Tous les soirs, les jeunes assisteront à des concerts, notamment de VOCES8 et Apollo5, dans l’église de Milton Abbey. « Il y a ce côté spectateur aussi, s’enrichir de ce qu’on reçoit des autres. »
Mariam, elle, sourit encore en racontant le moment où elle a appris la nouvelle. « J’étais super heureuse. C’est ma professeure Élodie Campillo qui me l’a annoncé. Après, il y a eu la remise du prix sur scène, au moment du concert. » Elle ne s’y attendait pas vraiment. « Je n’étais pas la seule à avoir une belle voix. Mais en vrai, j’ai beaucoup travaillé. Dans mes motivations, j’ai dit que j’étais déterminée et que je voulais améliorer ma voix ».

Photo de Milton Abbey
Pour la jeune fille de 12 ans, le chant n’est pas seulement une affaire de notes. C’est déjà une manière de s’exprimer, prendre confiance et faire du bien aux autres. Plus tard, elle aimerait travailler dans le chant. À moins qu’elle ne devienne psychologue. Deux univers qui, ne sont finalement pas si éloignés. Elle pense aux musiciens qui interviennent dans les hôpitaux, aux chorales, aux violonistes capables d’apaiser les malades et les tensions. « La musique peut aider les gens, les rassurer et leur faire oublier leurs soucis pendant un moment ».
C’est aussi cela, Sing’in Corrèze. Pas seulement chanter juste. Apprendre à respirer, écouter, prendre sa place, oser devant les autres. Initié en 2016 par le Festival de la Vézère, et aujourd’hui mené avec l’association Sing’in, le programme avait réuni à ses débuts, une trentaine d’enfants des centres socioculturels Jacques-Cartier, Rivet et Raoul-Dautry. Beaucoup n’étaient pas musiciens, certains n’avaient jamais mis les pieds dans un concert classique. Dix ans plus tard, Sing’in Corrèze a pris du coffre. Plus de 3 800 jeunes Corréziens ont déjà participé à l’aventure, et ils étaient plus de 500 cette année, issus de 13 établissements.
Dans ce programme, les Young Leaders tiennent une place à part. Ils étaient une quarantaine cette année parmi les 500 participants. Des jeunes particulièrement motivés, parfois déjà plus aguerris, qui avaient envie d’aller plus loin. Pendant deux sessions de formation, ils ont travaillé leur voix, mais aussi leur capacité à transmettre. Apprendre un exercice, c’est bien. Savoir l’expliquer aux autres, mener un groupe, encourager ses camarades, c’est encore autre chose. Avec eux, Sing’in Corrèze ne forme pas seulement des chanteurs. Il fait émerger des jeunes capables de prendre leur place et, à leur tour, d’embarquer les autres.
Rafael l’a vécu comme une vraie fierté. « En tant que Young Leader, j’étais très heureux, très fier de moi. J’avais hâte aussi de savoir avec qui je partais. » Mariam, plus timide, dit surtout sa reconnaissance. « Je suis très reconnaissante d’aller faire ce voyage. » Tous les deux savent qu’ils vont rejoindre une académie internationale, avec d’autres jeunes, d’autres langues, d’autres façons de chanter. Au programme : chant, bien sûr, mais aussi yoga, cricket, piscine, danse folklorique et rencontres. Une ouverture sur le monde, au sens très concret du terme.

Photo Paul Smith
Et puis il y a ce lien noué avec Paul Smith, fondateur de VOCES8. Les deux jeunes l’ont déjà croisé lors du concert final. Mariam l’a trouvé « impressionnant mais proche ». Rafael, lui, se souvient de son regard pendant les solos. « Sur Skyfall d’Adèle, parfois je le regardais et il faisait : vas-y, continue. Il aide à profiter du concert et à faire le mieux pour les spectateurs. » S’il le revoit en Angleterre, il sait déjà ce qu’il aimerait lui dire : « Merci pour ce projet. Merci à tout le monde. Ce projet est incroyable. »
Dimanche, Rafael et Mariam quitteront Brive pour pour Milton Abbey, où les attend une semaine au coeur de la Summer School de VOCES8.