Soigner, médicalement s’entend, ne suffit pas, ne suffit plus, n’a d’ailleurs jamais suffi. C’est une prise de conscience portée par le courant de la médecine intégrative : il faut aussi prendre soin d’un malade dans sa globalité, car il est avant-tout une personne. Parce que la santé ne se limite pas au corps, pas plus pour le professeur Alain Toledano, cancérologue radiothérapeute, qu’elle ne se limite à l’hôpital. Elle se nourrit aussi du beau, de culture. Pour lui, la culture doit être au cœur de la prise en charge.
C’est la voie tracée ces dernières années par l’Institut Rafaël qu’il préside. L’Institut qu’il a en effet mis l’accent, au sein du parcours d’accompagnement, sur les arts-thérapies par la musique, la danse, le chant, l’écriture… Et les bénéfices sont concrets : diminution de l’anxiété, de la dépression, amélioration de l’image de soi, réduction des douleurs liées aux traitements…
« À chaque fois que l’on rencontre cette émotion esthétique, on se reconnecte à soi-même, et on a montré qu’on améliorait le devenir des patients. L’isolement culturel et l’isolement social aggravent les maladies« , assure le professeur. « Recréons ce lien, réhumanisons les soins parce qu’on arrive à de meilleurs résultats. » Et ce « prendre soin » est d’autant plus important lorsqu’il n’y a pas de guérison.
Des réflexions émaillées des interventions du philosophe Raphaël Enthoven lisant des passages de son livre L’Albatros dans lequel il raconte l’accompagnement de sa mère atteinte d’une maladie incurable et invalidante.
Les livres, cette jouissance des mots, peuvent se révéler de précieux outils pour ranimer l’espoir. Ils peuvent aider les patients, et leurs aidants, à trouver du réconfort, à s’évader, à se relaxer. « Que ce soit un livre dans lequel on se reconnaisse ou que ce soit une fiction nous faisant rentrer dans un autre monde, dans les deux cas, il nous éclaire, nous évade, nous fait partager. Quel que soit le moment de notre vie, nous avons besoin de nous retrouver seul avec l’auteur. Je crois énormément à la vertu du livre, » renchérit Muriel Beyer, directrice des Éditions L’Observatoire.
Ce programme « Lire pour guérir » organisé dans le cadre du programme Santé culturelle de l’Institut Rafaël auquel s’est associé Le Point, a trouvé son écrin dans la Foire du livre de Brive à travers cette première rencontre. D’autres suivront. « Nous sommes dans une vraie réflexion pour mieux se parler et comprendre. Il faut penser et faire autrement, faire attention à ce qui nous rend hermétique, nous interroger sur ce qui amène du sens », trace le maire Frédéric Soulier.
« Ces sujets ne peuvent pas rester ciblés sur l’hôpital. Toute la société peut venir débattre », explique le commissaire de la manifestation, François David. « L’idée est d’organiser pendant l’année, une fois par semestre, une soirée autour d’une lecture, d’un médecin, qu’il y ait des spécialistes, tout un chacun, pour ouvrir le débat et permettre peut-être à des personnes qui n’ont pas d’autres lieux d’expression d’en avoir un. Apporter ce supplément d’âme dans une expérience intime et collective de la guérison.
