Lucas Pasteau, droit devant

Notre série de portraits sur le handicap s’achève avec Lucas Pasteau. Tétraplégique depuis l’adolescence, cet entrepreneur briviste regarde vers l'avenir. Son prochain défi ? Aller à la rencontre des entreprises pour faire évoluer les regards sur le handicap.
Lucas Pasteau
© Fatima Kaabouch

« Qu’est-ce qui t’est arrivé ? » Cette question, Lucas Pasteau la connaît par cœur. Elle arrive vite. Souvent trop vite dans la conversation. « Ça ne me dérange pas d’en parler. Mais pas dans les deux premières questions. »

Ce dont il aimerait parler, lui ? « De mes projets. J’aimerais qu’on me parle davantage de mon avenir. » Alors, parlons-en.

Son prochain défi est déjà tout trouvé. Faire bouger les lignes dans le monde de l’entreprise. Depuis quatre ans, Lucas intervient dans les écoles, les collèges et même en établissement pénitentiaire pour raconter son parcours. Avec les enfants, pas de détour. « Comment tu conduis ? Tu dors dans ton fauteuil ? » Les questions tombent comme elles viennent. Et cela lui va bien.

Aujourd’hui, il aimerait s’adresser aux salariés et chefs d’entreprise. Car le handicap, estime-t-il, y est encore trop souvent regardé à travers ce qu’il empêcherait de faire. Lucas préfère parler de ce que chacun peut apporter. « On a des compétences à faire valoir. »

Lui a choisi l’entrepreneuriat. « J’ai préféré ne dépendre de personne. » Il s’est lancé dans l’investissement immobilier et réfléchit aujourd’hui à la création de logements adaptés.

À bientôt 32 ans, Lucas a passé autant de temps en fauteuil que sans. Tout bascule à 16 ans lorsqu’un plaquage au rugby le rend tétraplégique. Les rêves de haut niveau s’éloignent et, surtout, toute une vie est à repenser.

Entouré de ses amis et de sa famille, Lucas encaisse. Suivent la rééducation à Montpellier, puis le retour dans la région. Sa mère, met alors sa vie professionnelle entre parenthèses. En disponibilité, elle prend en charge les démarches de santé, les dossiers administratifs et tout ce qui concerne le matériel médical. « Elle y a passé beaucoup de temps. » raconte Lucas.

Seize ans plus tard, voit-il encore une frontière entre l’avant et l’après ? « Je ne la vois plus vraiment. »

Le sport, lui, est resté. Diplômé en STAPS, Lucas a essayé bien des disciplines. Rugby fauteuil, aviron, escrime, ski nautique, fauteuil tout-terrain de descente… Pas pour dresser une liste d’exploits, mais parce qu’un « ce n’est pas possible » appelle chez lui une autre question. Comment faire ?

« Au début, certains sports n’étaient pas accessibles comme ça. » Ils ont pu le devenir, en adaptant le matériel, les règles ou simplement les gestes.

Cette façon d’avancer n’efface pas les contraintes. Kiné, travail, sport, vie sociale… les journées demandent beaucoup d’organisation. Mais Lucas a déjà la tête ailleurs.

Et si les entreprises brivistes lui ouvraient leurs portes ? Une rencontre avec leurs équipes, dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociétale (RSE), serait l’occasion d’aborder autrement le handicap au travail. De parler des compétences, de l’autonomie, mais aussi des préjugés qui persistent.

Lucas a envie de développer ces conférences. Et il ne manque pas de sujets à aborder.

« Je ne me fixe pas de limites. »

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