Il y a bientôt 3 ans, il s’est installé à Brive et travaille depuis au lycée Cabanis, comme directeur des services techniques. « J’ai eu un coup de cœur pour la Corrèze. » Élèves et profs le croisent dans les couloirs sans se douter de son vécu.
Nicolas Inglin a le regard franc, l’approche chaleureuse, malgré une spondylarthrite ankylosante qui s’enflamme régulièrement, contractant son dos le long de sa colonne vertébrale. Dans une autre vie, militaire, gravement touché au combat, il a couvé un mal aussi insidieux, une blessure psychique de guerre qui finira par le rattraper des années plus tard.
« Je me suis toujours relevé de ce qui m’est tombé dessus, comme tout soldat, et aujourd’hui contre la maladie génétique. » Alors, comme une évidence, ce « motard depuis toujours » a baptisé son prochain périple « Résilience », puisant dans cette force intérieure qui l’anime pour réaliser, à 49 ans, ce périple dont il rêve depuis si longtemps, inspiré par la Route de la Soie. Trois mois et quelque 30.000 kilomètres à moto à travers une vingtaine de pays, sur routes et pistes chaotiques.
Il l’avait programmé pour ses 50 ans et a préféré l’anticipé, tant que son corps le lui permet. Avec cette mordante envie de vivre. Serein, même face à sa maladie qui peut s’incruster dans le voyage. « J’arriverais à gérer ma douleur », assure-t-il. en antidote. Un acte de résistance pour repousser ses propres limites.
Et il s’y accrochera d’autant plus qu’il a donné un sens à ce parcours géographique. Il en fait aussi un voyage intérieur qu’il dédie à ses frères d’armes. Un hommage à ceux tombés en Opex et un message à tous ceux qui en sont revenus blessés, physiques ou psychiques, qui luttent encore sur le chemin de la reconstruction. « J’ai pas mal de copains qui ont fait les mêmes missions et qui sont encore dans le dur, dans un gros stress post traumatique et qui ont tendance à se renfermer. Je veux leur montrer qu’on peut y arriver, passer à autre chose. » Un chemin par l’exemple.
« J’ai servi 23 ans, d’abord dans les chasseurs alpins puis l’armée de terre. J’ai été blessé au bras en Afghanistan, au fond de la vallée d’Alasaï. J’ai perdu énormément de sang, j’ai failli mourir. » Nicolas Inglin est évacué sous le feu, in extrémis, en phase critique. » Mais pas question pour lui de se faire rapatrier et aussitôt soigné, il rejoint ses camarades. Pendant 11 ans, il fera d’autres déploiements, la Centre Afrique, le Tchad, le Mali…
« Cette blessure, avoir failli perdre la vie, ça m’a rendu plus fort psychologiquement, bien que j’ai fait, après coup, un gros stress post traumatique lorsque j’ai quitté l’armée en 2022. Mais ça m’a rendu beaucoup plus fort, personnellement, en tant qu’être humain », analyse-t-il. « Ça m’a aidé à relativiser les choses, à distinguer le précieux de la vie. Quand je vois des gens qui s’énervent pour des bêtises… »

Son esprit s’envole déjà vers de prochains horizons. Danemark, Norvège, Finlande, Suède, Pologne, Belgique, Allemagne, Roumanie, Biélorussie, Russie, Mongolie, Ouzbékistan, Tadjikistan… Un itinéraire qu’il a déjà dû retracer avec le conflit au Moyen-Orient et qui dépendra de l’évolution de la situation dans certains pays. « Mon rêve était de voir la grande mosquée bleue en Iran… On va éviter », dit-il avec humour.
« On » car son épouse a refusé qu’il parte seul comme il le voulait. Alors, il sera accompagné d’un ami baroudeur, ancien grand reporter, Christophe Voegelé, rompu aux voyages et aux zones troubles. Ce qui donnera aussi à son périple une autre dimension. En naitront un livre photo et un reportage audiovisuel. « On a prévu aussi de faire un suivi sur les réseaux sociaux. »
Son projet est soutenu par l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre), la SNEMM (Société nationale d’entraide de la médaille militaire) et des partenaires surtout logistiques, par exemple Le Bois d’Amalthée qui offre des sticks de fromage sous vide. « La situation économique fait qu’il est difficile de recueillir des fonds financiers. Alors, on part en mode très rustique. On n’a pas prévu d’hôtel. Ce sera six jours par semaine à la belle étoile, en tente. On garde du budget pour un bon lit de temps et temps. »
Il partira le 20 juin de Brive. Mais auparavant, l’ancien sergent-chef témoignera parmi d’autres blessés, samedi 30 mai à 15h30 au Festival du livre militaire dédié aux blessés de l’armée et qui se tiendra à l’Espace des Trois Provinces
« J’en suis extrêmement flatté », avoue-t-il. « Pouvoir échanger avec les gens, surtout les jeunes en quête de sens. » Avec des petits messages à diffuser: « Je voudrais dire aux enfants de militaires que si papa est fatigué, énervé, il faut pas lui en tenir rigueur, c’est que parfois il vit des choses difficiles ». Et plus généralement : « Que les jeunes soient respectueux des militaires, certains ont d’ailleurs quasiment le même âge qu’eux et ont déjà été confrontés plusieurs fois à la mort. Car, que l’on soit militaire ou civil, il faut affronter la vie. »