Tout sur l’opération ÉGLETONS 44

Des tranchées, des drones, des snipers, puis du combat en zone urbaine. Avec 800 militaires engagés, l’exercice ÉGLETONS 44 pousse le 126e RI au plus près des conditions réelles. Le colonel Antoine Naulet, chef de corps des Bisons, nous explique pourquoi.

Il y a d’abord le nom. ÉGLETONS 44. Un choix qui ne doit évidemment rien au hasard. « Il y a eu des combats de la Résistance à Égletons en 1944 », rappelle le colonel Antoine Naulet. C’est donc là que l’exercice a débuté il y a cinq jours, sur une terre fortement marquée par les combats de la Libération.

« On s’est accroché à cette implantation, à ce lien géographique. On célèbre les résistants qui ont combattu en 1944, les Corréziens. Il y a une symbolique forte de continuité. »

Mais derrière l’hommage à l’Histoire, l’exercice est résolument tourné vers les conflits d’aujourd’hui. 800 militaires sont engagés dans ÉGLETONS 44, dont 550 sur le secteur d’Égletons pour une première phase de combat dite de « haute intensité ».

Et pour les Bisons, elle a commencé… sous terre.

Pendant cinq jours, les militaires se sont retranchés. Des kilomètres de boyaux ont été creusés, à la pelleteuse, mais aussi à la pelle et à la pioche. Des tranchées pouvant atteindre 1,50 mètre de profondeur.

Le tout sans jamais considérer le chantier comme tranquille. « On s’est fortifié, on s’est enterré. Tout ça sous la menace de l’ennemi, avec des drones qui venaient nous frapper, des snipers aussi. »

Jour et nuit, la pression a été maintenue pour pousser les soldats dans leurs retranchements, au sens propre comme au figuré. Au terme des cinq jours, la fatigue faisait elle aussi partie de l’exercice.

Les hommes ont alors rejoint un sas de régénération pendant six à douze heures, en zone arrière. « Ils n’étaient plus menacés par l’ennemi. Ils ont pu prendre une douche, manger, dormir. » Avant de repartir.

Depuis mardi soir, changement de décor. Les soldats ont quitté les tranchées pour le combat en localité, autre composante majeure de cet entraînement durci. Une séquence qui s’est prolongée ce mercredi à Brive.

Et c’est justement là que le terrain libre prend tout son sens. Car contrairement à un camp militaire, la ville ne s’adapte pas aux militaires. Ce sont les militaires qui doivent s’adapter à elle.

« On veut tourner avec une remorque et il y a un poteau électrique ou téléphonique. On est bloqué. Sur un terrain militaire, on n’aura pas forcément cette contrainte. »

Routes, bâtiments, circulation, habitants, réseaux aériens… tout compte. Une antenne trop haute peut rencontrer un câble. Un véhicule peut ne pas passer là où le plan le laissait penser. Une manœuvre imaginée quelques minutes plus tôt doit être revue.

« Tous ces petits détails-là, à la guerre, comptent beaucoup. »

L’armée dispose de toute une palette d’entraînements, de la simulation informatique jusqu’au tir à balles réelles. Entre les deux, le terrain libre apporte une dimension irremplaçable, celle de l’imprévu du réel.

Le colonel ne minimise pas pour autant les contraintes pour les habitants. Voir circuler blindés et soldats au cœur d’une ville n’a rien d’anodin. Mais pour le chef de corps, l’enjeu dépasse largement ces quelques jours d’exercice.

« Ça sauve des vies. Les erreurs que l’on fait à l’entraînement, on ne les reproduira pas au combat. On aura corrigé nos défauts et établi des procédures pour nous en prémunir. »

À Égletons comme à Brive, c’est finalement tout l’objectif d’ÉGLETONS 44, qui vise à rendre l’entraînement suffisamment réel pour que, le jour où il ne s’agira plus d’un exercice, les Bisons aient déjà appris à composer avec l’imprévu.

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