« Brive, bravo ! », a lancé Dominique Bona. La présidente de la 44e Foire du livre s’étonne presque du contraste entre le discours ambiant sur la crise du livre et la vitalité d’une manifestation qui continue, année après année, d’attirer auteurs et lecteurs. « Contre vents et marées, Brive est là », résume-t-elle. Pour elle, peu importe qu’il s’agisse de poésie, de bande dessinée, d’un roman ou même d’un dessin d’enfant, l’essentiel est que le livre continue de circuler et demeure « un véhicule d’entente, d’échange et de concorde ».
François David va un peu plus loin. Dans un monde traversé par les crises internationales, bousculé par l’émergence de l’intelligence artificielle et où chacun peut finir par faire de son téléphone son principal compagnon, la Foire propose exactement l’inverse.
« On va se tourner vers les autres, dialoguer et échanger », souligne le commissaire. Se retrouver physiquement, confronter les points de vue, écouter celui qui ne pense pas comme soi, il y voit même « un acte de résistance ». Un mot qui ne tombe pas tout à fait par hasard cette année.
Car cinquante ans après sa disparition, André Malraux sera l’un des grands fils rouges de cette 44e édition. Écrivain, combattant de la guerre d’Espagne, résistant, compagnon du général de Gaulle et ministre des Affaires culturelles, il sera abordé sous plusieurs facettes dans le cycle Temps présent. La projection de Sierra de Teruel, film qu’il a réalisé autour de son engagement espagnol, ouvrira notamment la réflexion sur l’homme d’action et d’engagement. D’autres rencontres reviendront sur ses liens avec le Général, son passage au ministère et ce qu’il reste aujourd’hui de son héritage.

Le sujet touche forcément Dominique Bona de près. Biographe de Clara Malraux, la première épouse de l’écrivain, elle participera à une rencontre consacrée aux femmes de sa vie, aux côtés notamment de Céline Malraux et de Janine Mossuz-Lavau. La Corrèze elle-même n’est jamais très loin, d’autant que la programmation rappellera aussi la mémoire de Josette Clotis, morte en Corrèze en 1944, et le passage d’Edmond Michelet au ministère des Affaires culturelles après Malraux.
La mémoire ne s’arrêtera pas à Malraux. Samedi 7 novembre, la bande dessinée historique sera elle aussi au programme, avec une matinée consacrée à la déportation et au devoir de mémoire. À 10 h, l’historien corrézien Jean-Michel Valade et l’illustrateur Antoine Quaresma reviendront sur Mémoire de pierre, Corrèze-Auschwitz. Puis, à 11 h, Lili Keller-Rosenberg, survivante de la Shoah, partagera son histoire aux côtés de l’auteur de bande dessinée Boris Golzio, autour de Lili toujours debout ! De l’enfant déportée à la mémoire dessinée. Deux rencontres pour raconter, transmettre et ne pas oublier.
À travers ces rendez-vous, le mot résistance prend tout son sens historique. Celui qu’emploie François David, pour parler de la Foire est d’une toute autre nature. Résister au repli, à l’isolement et à l’appauvrissement du dialogue. Dominique Bona privilégie un autre terme, celui de concorde.
Roman, poésie, bande dessinée, biographie, littérature jeunesse… Peu importe finalement le genre tant que les livres passent de main en main et continuent de tisser du lien. C’est cet esprit qu’elle veut insuffler à ces trois jours, en réunissant des voix différentes, parfois discordantes, mais toujours capables de dialoguer.
À l’heure où les écrans prennent de plus en plus de place dans nos vies, la Foire continue, elle, de faire se rencontrer les gens pour de vrai.
Infos et renseignements sur https://www.foiredulivredebrive.net/