Dans le paysage des festivals dédiés au cinéma, le rendez-vous briviste attire incontestablement les projecteurs. Cette pépite qui a pu germer grâce à l’opiniâtreté de passionnés, est, sans chauvinisme aucun, à nulle autre pareille. D’abord par la bannière que la manifestation a choisi en 2004 de servir : le moyen métrage. Un format jugé alors un peu bâtard dans un cinéma ne prônant, de part et d’autre de la frontière de l’heure, que le long ou le court (souvent réduit à bien moins de 30 minutes).
L’un des mérites de la manifestation a donc été de donner des lettres de noblesse à tous ces « courts longs », entre 30 et 59 minutes, auxquels se sont pourtant exercés nombre de réalisateurs parmi les plus célèbres. Dans ce territoire à la marge peuvent en effet pousser tel du chiendent de vrais chefs-d’œuvre à l’instar de Partie de campagne de Renoir. Car ici, dans une liberté à conquérir, c’est justement le propos du film et son traitement qui commandent le format et non des exigences de diffusion.
« La reconnaissance de la profession, nous l’avons eue très vite, au bout de deux ans », rappelle Maguy Cisterne. Et la secrétaire générale de citer le fameux article du Monde qui, au moment de Cannes, portait aux nues ce Festival briviste en le distinguant déjà comme révélateur de talents. La manifestation briviste reste aujourd’hui la seule consacrée entièrement à ce format « en France comme à l’international ». Et elle fait école : « De plus en plus de festivals intègrent des moyens métrages dans leur sélection. »

À cette reconnaissance professionnelle s’ajoute celle du public. « Lorsque nous avons démarré, il y avait très peu de public, nous l’avons gagné petit à petit. Notre grande victoire, ce sont ces salles pleines, avec un public réactif qui s’élargit chaque année grâce à un travail d’accompagnement pour faciliter la participation, rendre les films et les échanges accessibles. C’est un travail d’éducation à l’image auquel nous faisons participer de plus en plus les jeunes tout au long de l’année. »
Un succès rendu d’autant plus possible que le Festival n’a pas poussé « hors sol », mais sur un terreau favorable, en connexion avec un cinéma art et essai qui peut se targuer d’une fréquentation en hausse dans un contexte de salles plutôt morose, avec des classes CAV du lycée d’Arsonval très investies et un pôle éducation aux images Les Yeux Verts en parfait alignement. Signe aussi de cet ancrage local, « l’implication des partenaires qui ne sont pas seulement financeurs mais bien aussi spectateurs ».
Le programme jongle entre compétition, séances à thème, spéciales, scolaires, focus Claude Chabrol, atelier Pitch, tables rondes, échanges professionnels… La manifestation a su créer l’engouement (7 500 entrées en moyenne par édition ces dernières années) avec une programmation qui se veut certes de qualité mais aussi accessible en incluant la gratuité des grands événements festifs, drainant dans leur sillage des publics, de toutes générations, même éloignés de la chose cinématographique. Un Festival qui prône la qualité sans pour autant être élitiste, mais bien festif. La recette du succès.
