Article réalisé par Narjis Nouri
« Lorsqu’on se rend dans un festival comme Brive, on sait qu’on verra de bon films. » D’emblée, Charles Tesson remet le film au centre, sans hiérarchie de genre ou de durée : « On juge tout film, parce que c’est un film. Il peut durer deux minutes, être documentaire ou animation, cela reste un film. »
À Brive, cette réflexion prend un relief particulier car il s’agit de l’unique festival qui propose une compétition tout moyen métrage. Charles Tesson y voit un espace d’expression rare : « Le court métrage est toujours prisonnier de la chute. Le spectateur attend la chute, et elle doit être forte. Mais le moyen métrage est libéré de cette contrainte ».
Et cette liberté se ressent pleinement dans la sélection proposée : « Il y a différentes économies. Ce format peut avoir moins de moyens, mais il existe beaucoup de liberté dans les choix esthétiques et narratifs. C’est ce que j’aime. Et Brive montre un très bon échantillon de tout cela ».
« Il y a le temps d’un film et le temps dans un film. La manière dont un film fait usage de son temps. Je suis sensible à l’idée qu’un film ne soit pas seulement des images ou des plans : c’est une architecture du temps. Et quand il y a des films qui font un très bon usage de ce temps, j’ai envie de leur donner tout du mien. » Le cinéma, une question de temps donc, mais aussi d’immersion.
Cette disponibilité de temps, Charles Tesson l’associe aussi à la posture du spectateur. « Dans une salle arts et essais, il y a des choix éditoriaux et une programmation souvent variée. Quelquefois, il faut faire un pas de côté et se laisser surprendre. Découvrir des choses que vous n’auriez jamais été chercher et qui tout d’un coup vous font faire : waouh ! »
Dans cette logique, le rôle du jury ne change pas d’un festival à l’autre. Qu’il soit à Cannes ou à Brive, Charles Tesson dit garder la même ligne car « le regard sur les films ne change pas ». Ce qui semble important, c’est interroger le film de ces deux questions : « Qu’est-ce que le film a à me dire en tant que spectateur ? Qu’est-ce que le cinéma apporte au film ? »
Des conseils de ce regard affuté pour celles et ceux qui veulent se lancer dans cette carrière. « Le cinéma peut être une passion comme on peut avoir envie d’en faire l’affaire de sa vie. Je pense que la chose la plus importante, c’est la curiosité et avoir confiance en soi car il faut être déterminé. Il ne faut pas être blasé, cynique, il ne faut pas penser être plus malin que tous. Il faut rester enfant, mais un enfant intelligent. » Un regard ouvert donc, mais jamais solitaire car : « Il faut savoir ce qu’on veut et écouter les autres, parce que le cinéma ne se fait pas seul. C’est très important aussi. »
Charles Tesson rappelle ainsi l’essentiel : « aller au cinéma, c’est encore accepter d’être surpris« . Et c’est sans doute là que le festival garde, année après année, sa plus belle promesse.