Incise de Barbara Navi

À découvrir ce jeudi 7 mai à 18h à la chapelle Saint-Libéral en présence de l’artiste. Ses tableaux offrent une étrangeté familière, comme un réel lointain et pixelisé ouvrant au songe.
Fatima Kaabouch

« Incise », l’intitulé interpelle mais transcrit parfaitement la démarche. L’incise, dans une phrase, c’est ce petit ajout qui apporte une précision, comme une parenthèse ou une digression. « Dans mes tableaux, elle consiste à insérer dans un décor un ou plusieurs éléments hétérogènes de façon à brouiller un peu le propos, les repères. »

Ces éléments perturbateurs apportent une force poétique étrange, entre rêve et réalité, dans des espaces disloqués où le temps se suspend dans des contours incertains et brumeux, reflet de notre monde.

« Je cherche à exprimer sans circonscrire, sans en connaitre tenant et aboutissant. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir une vision qui va plutôt communiquer avec l’imaginaire des gens où chacun va se rendre compte que nous avons des choses en commun pouvant nous toucher. Je trouve que le message est plus efficace lorsque ce sont les inconscients qui communiquent. » Barbara Navi peint ainsi ce qu’elle éprouve et non ce qu’elle imagine, offrant à chacun ce privilège de convoquer à son tour sa propre intériorité.

« L’idée en associant ces éléments est d’avoir un propos de l’ordre du secret, de la réflexion. Il n’y a pas de thème prédéterminé, pas de message, mais des associations plastiques, chromatiques dans une cohérence sous-jacente. En fait, il y a plusieurs portes d’entrée, il faut se laisser pénétrer sans chercher tout de suite d’explication. Je suis toujours surprise des réactions que mes tableaux suscitent. »

Une démarche dans laquelle l’ancienne élève de l’école Boulle, également diplômée d’une maîtrise de philosophie à al Sorbonne, s’est engouffrée depuis plusieurs années. « Auparavant, je faisais des tableaux assez réalistes, plutôt urbains. Des enfants de Hopper, il y en a des milliers », plaisante-t-elle.

« J’ai voulu me sentir plus libre par rapport à mon sujet et trouver un procédé qui me permette aussi d’être plus détachée. Le fait d’associer des contenus iconographiques, un peu sur le mode des Cadavres Exquis des surréalistes, me permettait d’exprimer quelques chose de singulier, d’authentique, dirigé par une ressenti, sur des images qui me parlaient. Après coup, vient la signification, mais c’est toujours un après-coup. »

Fatima Kaabouc

L’artiste a supervisé l’installation de son exposition à la chapelle Saint-Libéral. « C’est vraiment un très, très bel endroit. » Quant à la mise en place : « J’avais envie de faire un choix très libre, ne pas chercher de cohérence des tableaux. Au début, je voulais d’ailleurs appeler l’exposition Dédale pour qu’on s’y perde, qu’on ne voit pas vraiment de rapport d’un tableau à un autre. Parce que chaque tableau est une aventure, je ne suis pas du tout une peintre de série. Cela permet ainsi au visiteur de vagabonder. »

L’invitation est lancée et vous pourrez rencontrer Barbara Navi lors du vernissage ce soir, jeudi 7 mai, à 18h. Une chance car l’artiste connait une année assez chargée après une grosse exposition à la galerie RX&Slag à Paris. Ce qui explique aussi la particularité de cette exposition: « Pour une fois, ce ne sont pas des tableaux que j’ai emprunté à des collectionneurs, je n’ai pas eu à les embêter une énième fois. J’ai négocié avec ma galerie, je n’ai pris que des tableaux qui sont disponibles. »

Incise. Barbara Navi. Du 8 mai au 26 septembre à la chapelle Saint-Libéral.

Fatima Kaabouc

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