Dominique Bona ouvre le chapitre de la 44e Foire du Livre

Une langue bien vivante, des écrivains qui regardent le monde, des voix différentes et le goût du dialogue. Ce mercredi, lors de la présentation du programme, la Présidente a donné un aperçu de l’empreinte qu’elle entend laisser.
© Xavier Harismendy
© Xavier Harismendy

Son avion avait pris du retard et la pluie s’était invitée à Brive. Dominique Bona, elle, a choisi de parler de soleil. « J’espère qu’en novembre il y aura le soleil à la Foire, le soleil dans les cœurs. »

La romancière, biographe et académicienne présidera du 6 au 8 novembre la 44e Foire du livre de Brive. Et à l’entendre, elle n’arrive pas tout à fait en terre inconnue. « Je suis une fille du Sud », rappelle-t-elle. Ici, l’académicienne dit retrouver « une fraternité avec le paysage ». Une terre de lettres où flotte aussi le souvenir d’un ami cher, l’écrivain corrézien Denis Tillinac, auquel elle promet de penser tout au long de la manifestation.

@ Xavier Harismendy

Mais c’est surtout dans le choix de ses invités que l’on commence à deviner la Foire selon Dominique Bona. Sous la Coupole depuis 2013, elle défend la langue française. Pas question pour autant de la mettre sous cloche. « L’Académie n’a nullement envie de momifier » une langue qu’elle décrit au contraire comme vivante, en perpétuelle évolution et ouverte à la francophonie. Celle qui l’intéresse est celle que l’on parle, écrit, et transmet.

Voilà pourquoi elle a notamment souhaité inviter Noëlle Châtelet, dont le dernier livre, À l’école des filles, pose la question de l’apprentissage du français. Dominique Bona observe elle-même, auprès de ses petits-enfants, combien les façons de lire, d’écrire et de s’approprier la langue changent. « La langue est un patrimoine, un trésor national »,défend-elle. Un patrimoine vivant, à transmettre et à faire évoluer. C’est tout le sens de la Foire du livre, qualifiée par le maire de « monument culturel immatériel ».

Ses autres invités racontent eux aussi un peu de ses curiosités. Jean-Christophe Buisson, d’abord, écrivain et journaliste qu’elle admire pour sa manière de parcourir des territoires en conflit et tenter de les comprendre. Olivier Rolin pour son regard sur les guerres et un monde en perpétuel mouvement. Gilles Martin-Chauffier avec une histoire d’amour sur fond d’Iran. Et Christophe Ono-dit-Biot, qui convoque L’Odyssée, ses héros et ses mythes à l’heure où Dominique Bona observe leur retour dans la littérature contemporaine.

Parce qu’il faut aussi respirer un peu au milieu d’un monde chahuté, Jean-Paul Enthoven viendra avec son Dictionnaire amoureux du bonheur. « Un contrepoint », glisse Dominique Bona, aux livres plus graves et plus inquiétants.

Et puis Brive aime aussi donner la chance aux nouvelles voix. La présidente a tenu à poursuivre la tradition avec plusieurs jeunes auteurs qu’elle a repérés pour leur écriture et leur singularité. Thomas Louis, notamment, dont elle salue l’exigence et cet humour noir capable de faire passer le désespoir. Mais aussi Louis Michaud ou Marie Petitcuénot, dont le premier roman fait entrer l’art contemporain et Marina Abramović dans la littérature.

Au fond, Dominique Bona ne cherche pas à réunir des écrivains qui se ressemblent. Ce serait même plutôt l’inverse. « J’aime bien quand il y a des voix diverses, des voix discordantes », explique-t-elle. Des voix capables une fois réunies, de produire quelque chose « d’un peu inattendu et légèrement subversif ». Voilà sans doute une bonne définition de l’empreinte qu’elle veut laisser.

La biographie y aura évidemment sa place. Dominique Bona en est l’une des grandes voix françaises et elle compte bien en défendre les couleurs, sans pour autant lui réserver la table d’honneur. « On célèbre souvent le roman, exclusivement le roman », relève-t-elle. Or il existe mille façons de faire travailler l’imaginaire : le théâtre, la poésie, la fiction… et la biographie, avec ses règles et « les limites sévères de la documentation ». À Brive, ce sera sans exclusive.

Le grand cycle consacré à André Malraux, cinquante ans après sa disparition, tombe d’ailleurs à point nommé. Dominique Bona a consacré une biographie à Clara Malraux, sa première épouse. La Foire reviendra sur les femmes qui ont compté dans sa vie, mais aussi sur son engagement dans la guerre d’Espagne, ses liens avec de Gaulle, son passage au ministère des Affaires culturelles et ce qu’il reste aujourd’hui de son héritage.

Et puis il y a le contexte. La crise du livre, les écrans, l’intelligence artificielle, le repli sur soi. Dominique Bona, elle, choisit de regarder ce qui rassemble.

Partager la page

À LIRE

également
Crise de la lecture, intelligence artificielle, écrans et repli sur soi… La présentation de la 44e Foire du livre a...
Des tranchées, des drones, des snipers, puis du combat en zone urbaine. Avec 800 militaires engagés, l’exercice ÉGLETONS 44 pousse...
Une langue bien vivante, des écrivains qui regardent le monde, des voix différentes et le goût du dialogue. Ce mercredi,...