La vallée de Planchetorte infuse… Nicolas Marciano peint, laissant s’accomplir la magie de ses mains. Son chien Mug, sagement couché à ses pieds. Silence de création au cœur de l’Atelier du musée Labenche où l’artiste s’est installé début septembre.
« Une façon de perturber le regard »
Les premiers jours, il s’est d’abord confronté à cette nature qu’on lui demandait de percevoir : la vallée de Planchetorte et ses alentours. Il l’a foulée, arpentée, photographiée, contemplée, respirée… Il s’en est imprégné. Se perdant seul au gré des chemins et des impasses. Ou en suivant les pas de Thomas Parés, président de l’association Le Jardin Sauvage. Ce professeur de SVT l’a initié aux arcanes de cette contrée : « une nature en modification constante ». Des balades qui ont donné naissance d’emblée à quelques œuvres très réalistes figeant « ces moments précieux, cette cueillette inattendue ».

Mais si Nicolas Marciano n’a pas s’empêcher de transcrire comme un sésame les mains du cueilleur, il a vite replongé dans sa propre démarche. « Depuis un an et demi, j’oriente mon travail sur le paysage et les questions du flou. C’est une façon de perturber le regard, de le déstabiliser pour réinterroger notre perception de la réalité. »
« Peindre le flou » est plus qu’une simple technique picturale. Il s’agit pour lui d’une métaphore de l’incertitude qui caractérise notre époque. « J’invite le spectateur à s’interroger sur ce qu’il voit, ce qui est et ce qui semble être« . En brouillant l’image, l’artiste amène le spectateur à « douter de ce qu’il voit », de sa perception du monde et à « se réapproprier ainsi sa capacité à interpréter le réel ».
C’est pour cette raison justement que le musée Labenche a fait appel à lui pour cette résidence, la première initiée par la structure : « C’est un professionnel qui vit de son art, il n’a pas d’ancrage local spécifique et bénéficie donc d’un œil « neuf » à propos du sujet », explique Zoé Darsy, responsable du pole des publics.

Le musée avait déjà exposé Nicolas Marciano il y a 5 ans à la chapelle Saint-Libéral sur un tout autre propos : Du fantasme au totem (consultez notre article Nicolas Marciano ou l’éloge de l’enfance). L’invitation n’est pas neutre, elle participe à l’exposition temporaire en cours « Corrèze naturelle » mettant en relief les regards d’artistes d’un autre temps. « Pour le musée, c’est l’opportunité d’expérimenter un nouveau dialogue entre art ancien et d’aujourd’hui sur le paysage naturel de notre territoire. »
Ce qui a séduit l’artiste dans la carte blanche qui lui été proposée, outre qu’elle épouse sa propre démarche : « c’est de venir me confronter à ce qui a nourri ma conception artistique. J’ai appris en référence à cette peinture classique, très figurative ». Et Nicolas Marciano apprécie particulièrement cette résidence : « J’avais besoin de mettre un petit coup de pied dans la fourmilière, ça fait partie du processus de création. La résidence me coupe du quotidien et me plonge dans une ambiance propice à la création, ça donne davantage envie de se lancer dans des expérimentations. C’est en faisant que l’on répond à son questionnement ».
Alors… comment l’artiste s’est-il approprié notre paysage, vous pourrez le découvrir ce week-end lors des journées de la culture et du patrimoine. Ses œuvres seront intégrées à l’exposition en cours. Surtout Nicolas Marciano sera présent au musée Labenche samedi 20 septembre de 14h à 18h pour expliquer son processus de création. Le résident aura aussi partagé sa démarche avec un public plus averti : les élèves de terminale arts plastiques du lycée d’Arsonval à travers une masterclass préparatoire à leur exposition, quatre groupes d’élèves de l’EMA (École municipale d’rat) et deux classes SVT et arts plastiques du collège Cabanis.
Pour aller plus loin :
- à la rencontre de l’artiste Nicolas Marciano
- à la rencontre de l’exposition Corrèze naturelle, regards d’artistes sur le paysage
