Imaginez de jeunes adeptes de techniques apparentées au combat de rue faisant leur nid dans un paisible quartier résidentiel… Et autour d’eux, des seniors qui les chouchoutent. C’est l’improbable alchimie qu’a su créer d’emblée cette salle de sport particulière.
« Il faut absolument que vous parliez d’eux, ce qu’ils font est admirable. Ils ont une salle de gym qu’ils ont très bien rénovée dans notre quartier, derrière d’Arsonval. Ils donnent des cours pour tous âges. Ils sont polis et nous rendent des services. Des jeunes gentils comme ça, il faut les soutenir. » Il y a presque un an, Marie, alerte soixantenaire, s’est un jour armée de son bâton de pèlerin, en l’occurrence un prospectus de la salle, pour venir nous parler de ses voisins « extraordinaires ». Alors, devant son insistance, nous nous sommes rendus dans la tranquille impasse Eugène-Leclère.
Devant le hangar d’un ancien artisan, en guise de balise, une poubelle graffée. Et une discrète pancarte détaillant les horaires de la salle dite « Athena ». Une déesse grecque ! Drôle de nom pour un club de jeet kune do, cet art martial créé par le combattant le plus célèbre du 20e siècle : Bruce Lee.
Des aboiements puissants nous figent, suivis de répétés « Zeus, assis ! » pour calmer l’impressionnant molosse tenant gentiment à nous accueillir. Le père de la déesse, maintenant… La filiation résonne étrangement avec le décor sur lequel règne une immense tête de tigre rugissant, emblème de l’association. Au sol, des tatamis. Partout, des sacs et autres instruments pour exercer sa frappe. Au fond, une cage de filets pour les combats. Et une musique répétitive imprimant les mouvements.
« C’est un peu l’esprit “rue”, il faut être efficace le plus rapidement possible », résume Gaëtan Neuville, l’un des trois fondateurs et coachs du club qui se revendiquent underground, brassant MMA, boxe, lutte et lancers de jambes avec une philosophie plus subtile qu’il n’y paraît.

« Jeet kune do signifie en chinois voie du poing qui intercepte. Le principe est d’anticiper et de contre-attaquer en s’inspirant de divers arts martiaux et techniques pour répondre le plus efficacement possible… Et ça dépend de la morphologie de chacun, de son gabarit, de son handicap… » Un chemin quasi initiatique où chacun doit tracer sa propre voie en s’imprégnant du concept et des techniques. D’où aussi une approche particulière de l’autre comme de l’enseignement qui imprime l’atmosphère de la salle où se côtoient des adeptes de tous âges, des combattants répétant inlassablement leurs mouvements, des costauds venus faire de la frappe, des affûtés de la discipline tout autant que des enfants apprenant à se mouvoir en grenouille, serpent ou singe sous le regard attendri de leurs mamans.
« On travaille sur la bienveillance, le respect de l’autre. C’est un lieu sportif, mais on a une dimension sociale. On veut être un lieu de ressources », explique Gaëtan, et cet esprit irradie bien au-delà de la salle, dans le voisinage. « Ils sont très serviables, on leur demande de l’aide, on l’a tout de suite. Ils veillent aussi un peu sur nous. Nous les avons invités plusieurs fois à manger », témoignent Jeannine et Pierre, octogénaires. Leur fenêtre donne sur la salle. « Le soir, on les entend s’entraîner. La musique ? On a été jeunes nous aussi », s’amusent-ils. « Ça met de l’animation et ils ont beaucoup de courage de s’occuper de tous ces gens. »
D’abord ouvert à Tujac (Gaëtan est animateur au centre socioculturel Jacques Cartier), le club Athena Gym s’est fondu il y a deux ans dans ce nouvel environnement en drainant quelque 60 adhérents de tous âges. « Nous avons tout aménagé par nous-mêmes. C’est que du bénévolat dans cette salle. Et ça marche. Nous en faisons un lieu inclusif, éducatif et structurant. »
Mais quel est le rapport avec la déesse, direz-vous ? « Athena était le nom de la chienne que l’initiateur de la discipline en Corrèze a récupérée à la SPA. Elle était très imposante, très agressive et par le jeu et l’éducation, elle est devenue adorable. Ça reflète notre travail de médiation. Nous avons certains jeunes aux parcours très compliqués que nous essayons d’amener vers des cursus sportifs et dans le fonctionnement de la salle. La violence est souvent un moyen d’expression qu’il faut apprendre à canaliser pour s’ouvrir aux autres. »

On comprend mieux les raisons qui ont poussé le Rotary club de Brive à vouloir distinguer la salle de sport. Le 23 février dernier, le club service lui a ainsi remis son prix Servir 2026 accompagné d’un chèque de 500 euros. « Le prix Servir est emblématique du Rotary international dont la devise est « servir d’abord ». Son objectif est de reconnaître un engagement exemplaire au service d’autrui. Avec Athena gym et ses fondateurs, le service aux autres s’inscrit dans la durée et l’humilité. »
Infos à Athena Gym, 6 impasse Leclère, au 06.87.37.13.46 et sur athena-gym.fr.