La libération de Brive : « un roman policier »

Il s’en est fallu d’un rien que nous fêtions la libération de Brive le 14 août et non le 15. Une histoire que François David éclaire dans son livre "Brive-la-Résistante". La cérémonie commémorative aura lieu à 11h au "caillou", devant l'établissement qui à l'époque était occupé par la garnison allemande...
François David au musée Michelet dans la salle reconstituant un parachutage
© Fatima Kaabouch

Pour beaucoup, le 15 août rime avec Assomption et jour férié. À Brive, la date se réfère à un événement historique. En 1944, ce jour-là, Brive se libérait du joug allemand. Elle était même la première ville de France à s’émanciper de l’occupant par ses propres moyens, recevant à ce titre, trois ans plus tard, une reconnaissance officielle du ministre de la Défense nationale Paul Ramadier.

Deux maquisards présentent le drapeau nazi qu’ils ont décroché au collège Cabanis
Deux maquisards présentent le drapeau nazi qu’ils ont décroché au collège Cabanis. Musée Michelet

N’en déplaise à Quimper qui s’était retrouvée libre quelques jours auparavant, mais par le simple départ des Allemands cernés par les troupes américaines. « La libération de Brive, c’est autre chose, un roman policier », compare François David qui pointe toute l’originalité de Brive dans cette tourmente car cet épisode ne se résume pas à l’acte de reddition sans condition aux Forces françaises de l’intérieur signé par le colonel Böhmer, mais s’ancre bien des années avant la guerre, dans la foi de quelques-uns aux valeurs humanistes qui, autour d’Edmond Michelet, ont vu la menace du péril non pas allemand mais hitlérien.

Une résistance immédiate au nazisme puis à Pétain

« C’était un groupe très minoritaire de chrétiens non conformistes qui se sont engagés dans les années trente. Ils ont lu Mein Kampf, organisé des conférences sur l’antisémitisme, accueilli des réfugiés allemands et autrichiens… Ils savaient. Alors, dès 1940, ils ont dit non à la soumission de Pétain mais aussi au nazisme. Cette double opposition est très rare en France. » D’où le titre de l’ouvrage Brive-la-Résistante*.

Encore que son auteur préfère rester modeste sur cette appellation car « Brive comme toutes les villes a eu ses pétainistes dont certains sont devenus collaborateurs, ses opposants dont certains sont devenus résistants et une immense majorité qui est restée chez elle ». Mais l’originalité de Brive est d’avoir été une résistante précoce. C’est aussi grâce à ce terreau que la cité gaillarde a joué ensuite un rôle primordial. « Fin 1941, quand la résistance de la zone sud s’organise, Edmond Michelet est le patron d’une des six régions du mouvement Combat alors que ce rôle est ailleurs dévolu à des villes comme Lyon, Montpellier ou Toulouse. »

Autre « moment incroyable de Brive » : le 11 novembre 1942. « Gaullistes et communistes, ensemble, décident d’organiser une manifestation patriotique au monument aux morts pour marquer cette date symbolique que le régime de Vichy voulait occulter. On apprend le matin que les Allemands envahissent la zone non occupée. Tout le monde annule, sauf Brive. » La manifestation a donc lieu le soir alors que la Wehrmacht entre dans Brive, c’est unique. Sur cet événement véridique, la mémoire collective a construit des mythes que François David détricote dans son livre. La journée n’en a pas moins fait date « en encourageant des femmes et des hommes, jusque-là indécis, à rallier le camp de l’espoir ».

Le rendez-vous manqué du 14

La zone est occupée, le mouvement Combat qui dirige la région depuis Brive est décapité par une trahison, Michelet arrêté et Limoges devient la capitale de la région. Le maquis va alors se nourrir des jeunes réfractaires au STO (Service du travail obligatoire) et de militaires, déplaçant une résistance urbaine vers les campagnes.

Quant à la libération de Brive en 1944, elle est le fruit de plusieurs facteurs conjugués : les événements du front, le débarquement du 6 juin en Normandie, la montée en puissance des Alliés, la mobilisation de l’ennemi pour empêcher leur avancée, « l’extraordinaire parachutage du 14 juillet effectué en plein jour à Moustoulat qui va changer le rapport de force » en armant la résistance dont les actions vont se rapprocher jour après jour de Brive. Les Allemands sont de plus en plus isolés, jusqu’à être coupés de l’extérieur. Un véritable labyrinthe diplomatique se met alors en place, que François David retrace tel un suspense en une quarantaine de pages.

« Là, ça relève d’un roman policier. Plusieurs négociateurs se prévalaient, ça aurait pu aboutir le 14, mais le colonel allemand ne savait pas à qui il avait vraiment affaire. Un vrai feuilleton, les Brivistes verront sortir les Allemands de la caserne, revenir, ressortir… Finalement, la piste qui aboutira est celle menée par ceux qui n’ont pas négocié mais exigé une reddition sans condition. Et le 15, à 22 h, Brive est libérée. » Une page dans la tourmente fortement documentée et rendue vivante que cet ancien professeur d’histoire aura mis du temps à écrire et réécrire. « Je n’y ai mis que ce qui est vérifiable et la plupart des gens dont je parle, je les ai connus. Je ne pouvais pas garder ça pour moi. » Un devoir de mémoire.

À 11h au « caillou »

La commémoration du 15 août n’aura certes pas cette année le faste de celle de 2024 marquant les 80 ans de la libération de Brive. Son programme n’en est pas moins chargé à partir de 8h avec huit cérémonies avec porte-drapeaux s’enchaînant devant diverses stèles à travers Brive pour finir par le rassemblement à 11h devant la mairie afin de rejoindre la place du 15-Août où se déroulera la cérémonie la plus importante à 11h20 avec une quinzaine de dépôts de gerbes, la présence du 126e RI, des sapeurs-pompiers, de l’Harmonie municipale Sainte Cécile, des chants, des lectures par des jeunes… Une cérémonie devant l’établissement scolaire d’Arsonval, celui là-même qui à l’époque, sous le nom de Cabanis, était occupé par la garnison allemande

* Brive-la-Résistante, une ville dans la tourmente 1940-1944 de François David, Éditions Mon Limousin. L’ouvrage a obtenu le label Mission Libération de l’État.

Le collège Cabanis qu’occupait la garnison
allemande de Brive
Le collège Cabanis (depuis renommé d’Arsonval) qu’occupait la garnison
allemande de Brive. Musée Michelet
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