Ne cherchez pas le chaos. Contrairement au titre qu’elle a déjà choisi pour son prochain roman, Marion Brunet ne cherche pas le chaos, bien au contraire. « J’ai besoin de la routine pour écrire, d’avoir plusieurs jours devant moi et de ne faire que ça, avec une obligation d’un minimum de signes par jour. Ici, c’est vraiment l’idéal. » Pas de sollicitations. Pas de distraction. Une vie de recluse. « Je vais rester focus, je voudrais voir où est la piscine car j’adore nager. »
Elle flotte d’ailleurs en ce moment dans dans un entre-deux. Le dernier tome de sa trilogie Ilos, son seizième roman, va paraître en août et elle plonge désormais dans un nouveau projet de roman pour adultes qui sortira chez Albin Michel en 2026.
Sur la table de salon qu’elle a annexée pour travailler, trainent deux indices : La question d’Henri Alleg et Rendre les coups. Boxe et lutte des classes de Selim Derkaoui.
« C’est l’histoire d’un personnage masculin, pour la première fois. Un exilé chilien qui a vécu la dictature Pinochet et connu l’emprisonnement et la torture, obligé de repartir la-bas chercher sa fille partie y chercher des réponses qu’il ne lui a pas donné sur sa propre histoire. » Elle a accumulé les notes, est allée au Chili et a prévu de croiser les temporalités, plus actuelle lorsqu’il cherche sa fille, son arrivée en France dans les années 90, le grand chamboulement de sa vie avec la naissance de sa fille…
« Je suis au tout début de l’écriture. C’est à la fois excitant et très effrayant. Tant qu’une certaine partie du livre n’est pas écrite, j’ai l’impression que je ne vais jamais y arriver. » Il lui faut pour cela trouver ce qu’elle appelle « la voix », cette musique qui va tenir l’histoire.

« Ce qui me fait du bien aussi ici, c’est qu’il ne fait pas trop chaud. Marseille en été, c’est l’enfer », apprécie-t-elle, prenant doucement le pouls d’une cité gaillarde qu’elle connait sans la connaitre. « J’ai repéré un cinéma Art et essai, je vais pouvoir voir quelques films. »
Marion Brunet est seulement venue trois fois dans le cadre de la Foire du livre. « Mon premier prix pour mon tout premier roman, c’était le prix jeunesse de la Foire du livre. » C’était en 2013 avec Frangine. L’an dernier, les lecteurs adultes lui ont attribué cette fois le prix de la Ville pour Nos armes (également récompensé parle Prix littéraire du barreau de Marseille) et elle sourit de « cette boucle » que lui joue 11 ans plus tard l’existence.
La romancière est pourtant coutumière du fait. L’été circulaire sorti en 2018, a remporté le Grand Prix de littérature policière et le Prix des libraires du Livre de Poche, la même année Sans foi ni loi la Pépite d’or du Salon du livre de la presse jeunesse de Montreuil, Plein gris en 2022 le Prix Réal. Surtout, elle a été auréolée en avril dernier du prix Astrid-Lindgren, le « Nobel de littérature de la jeunesse« , pour l’ensemble de la carrière.
Pas de quoi apaiser les agitations de sa plume créatrice car elle s’interroge toujours sur ce qui peut différencier la littérature dite jeunesse de celle pour adultes. « Ça reste compliqué pour moi, j’écris pour les deux. Ce qui peut faire la nuance au regard de ce que j’ai déjà écrit, c’est peut-être le degré de désespérance. En jeunesse, je ne vais pas abandonner mes personnages dans la plus grande noirceur, il y aura toujours un peu de lumière à la fin, la possibilité de la lutte. »
Si elle écrit aujourd’hui aussi bien en jeunesse, adulte ou roman noir, Marion Brunet trouve dans cette jeunesse actuelle si souvent décriée une forme d’écho à la sienne. « Je suis très en lien avec l’adolescente que j’étais et j’ai appris à ne pas la juger. C’est un âge de la vie où l’on se pose des questions essentielles avec des choix qui prédominent ce qu’on va devenir en tant qu’individu. »
Son roman d’anticipation Ilos se déroule dans le Marseille des années 2050, rattrapé par la crise écologique et les catastrophes naturelles. Une forme de prophétie, publiée pour le coup en jeunesse. « J’ai pris juste ce qui se passe aujourd’hui et j’ai poussé les curseurs. J’ai décrit un monde qui m’effraie mais qui est déjà en marche, avec des ultras riches, une population de plus en plus paupérisé, la mort des services publics qui est un danger actuel et pour moi une catastrophe… Je n’écris pas pour faire passer des messages, mais avec ce que je suis. Oui, l’été actuel du monde me révolte. J’ai des anxiétés, des colères, des épuisements, des impuissances et je les partage. »
Dans le cadre de sa résidence, Marion Brunet va également animer un atelier pour les ados de l’ALSH Jacques Cartier. Elle rencontrera aussi ses lecteurs, et avec eux les membres du jury des lecteurs, le samedi 26 juillet à 10h30 à la médiathèque. Un moment privilégié offert à tous les mateurs de littérature pour découvrir son univers et échanger avec elle.