Il y a des anniversaires que l’on aimerait ne plus fêter

L'association SOS Violences conjugales a 35 ans. Hier à la Roseraie, la traditionnelle cérémonie en hommage aux victimes a permis de diffuser pour la première fois l'hymne qu'elle a créé "Nous sommes là" et une exposition qui va circuler.
Marie-Christine Malsoute

Elles et ils étaient bien là hier matin, à braver un froid pénétrant : officiels, police, gendarmerie, membres de diverses associations ou structures, simples anonymes se sentant concernés, victimes aussi. Toujours plus nombreux, mais jamais assez pour dénoncer ce fléau qui perdure. Recueillis dans un même élan autour de la stèle érigée là il y a 16 ans par la Ville, la première en France. Elle porte un texte éloquent intitulé « J’ai reçu des fleurs aujourd’hui », prenez le temps de le lire plus bas*.

Marie-Christine Malsoute

Chaque année depuis 2009, fait tout aussi rare en France, s’y tient à l’invitation de SOS violences conjugales, une cérémonie. Un dimanche proche du 25 novembre, journée internationale de lutte pour l’élimination des violences faites aux femmes.

« Toute violence est inacceptable »

« Toute violence est inacceptable », a répété très émue la présidente Georgette Chastanet en énumérant les chiffres du ministère de l’Intérieur. 107 femmes tuées l’an dernier en France par leur conjoint ou ex-conjoint, soit une hausse de 11% par rapport à 2023. Les même sources ont enregistré 272.400 victimes de violences par partenaire ou ex-partenaire. 64% pour des violences physiques, 31% verbales et psychologiques et 5% sexuelles.

« 84% de ces victimes sont des femmes. Pas de profil type, tout milieu social, âge, conviction religieuse, niveau d’études. » La Corrèze n’est pas épargnée. « Quelques chiffres : 3260 entretiens menés, une hausse de 28% par rapport à 2023, 535 victimes accompagnées, 620 enfants co-victimes identifiés, 128 bénéficiaires Téléphone Grave Danger… », liste la présidente.

« Le pire serait de baisser notre vigilance et de banaliser cette violence. »

Certes, ici comme ailleurs, la lutte s’organise toujours plus efficacement et ses acteurs tissent une toile de plus en plus concertée pour prendre en charge les victimes. Mais, à fléau social, le combat doit être celui de chacun. Le maire Frédéric Soulier a ainsi rappelé l’importance de « sensibiliser l’opinion publique ». « L’idéal serait que tous les maires de France, nous ne sommes actuellement que quatre, se mobilisent pour cette commémoration, qu’elle soit institutionnalisée. » Rappelant que « malgré une prise de conscience, le combat reste entier et la mobilisation de l’association plus que nécessaire« .

« Le pire serait de baisser notre vigilance et de banaliser cette violence. Les violences sont devenues au quotidien un mode de langage commun dans notre société. Aucune ne mérite la compréhension et l’excuse. »

Un hymne et une exposition itinérante

35 ans que l’association mène inlassablement ce combat. 35 ans de soutien, d’écoute, d’accompagnement. Faut-il encore parler d’anniversaire lorsqu’il s’agit de violence ? Pour marquer ces 35 ans, la structure s’est dotée d’un hymne enregistré au Studios de Brive. Une chanson écrite à partir de paroles de femmes qui a été diffusée pour la première fois lors de cette cérémonie. Sur les grilles du square également, une dizaine de photos de l’exposition « À travers leurs yeux » qui sera visible en mars au palais de justice de Brive et qui est vouée à devenir itinérante.

L’association propose différentes manifestations jusqu’au 5 décembre avec un concert solidaire de jazz à Aubazine. À noter à Brive, un défi sportif avec la Boxe académie ce mercredi 26 novembre à 17h pour mettre KO les violences et samedi 29 novembre à 11h30 stretching ouvert à tous et gratuit (39 avenue Ribot). Pour témoigner et sensibiliser, toujours. À l’image de cette cérémonie, empreinte certes de douleur et de gravité, mais aussi porteuse de sourires et espoirs.

* Le texte inscrit sur la stèle est bien connu des défenseurs des droits des femmes. Il a été écrit par une femme battue. Le voici en intégralité :

« J’ai reçu des fleurs aujourd’hui. Ce n’était pas mon anniversaire ni un autre jour spécial. Nous avons eu notre première dispute hier dans la nuit et il m’a dit beaucoup de choses cruelles qui m’ont vraiment blessée. Je sais qu’il est désolé et qu’il n’a pas voulu dire les choses qu’il a dites parce qu’il m’a envoyé des fleurs aujourd’hui.

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui. Ce n’était pas notre anniversaire ni un autre jour spécial. Hier, dans la nuit, il m’a poussé contre un mur et a commencé à m’étrangler. Ça ressemblait à un cauchemar, je ne pouvais croire que c’était réel. Je me suis réveillée ce matin le corps douloureux et meurtri. Je sais qu’il doit être désolé parce qu’il m’a envoyé des fleurs aujourd’hui.

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui et ce n’était pas la fête des mères, ni un autre jour spécial. Hier, dans la nuit, il m’a de nouveau battu, c’était beaucoup plus violent que les autres fois. Si je le quitte, que deviendrais-je? Comment prendre soin de mes enfants? Et les problèmes financiers? J’ai peur de lui mais je suis effrayée de partir. Mais je sais qu’il doit être désolé parce qu’il m’a envoyé des fleurs aujourd’hui.

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui. Aujourd’hui c’était un jour très spécial, c’était le jour de mes funérailles. Hier dans la nuit, il m’a finalement tué. Il m’a battu à mort. Si seulement j’avais trouvé assez de courage pour le quitter, je n’aurais pas reçu de fleurs aujourd’hui.« 

Marie-Christine Malsoute
Marie-Christine Malsoute
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